
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire.
De fait, c’est aussi le jour anniversaire de la mort de maman. Maman est morte en me mettant au monde, ce sont encore des choses qui arrivent …
Mon père m’a nommé José.
Mon père a toujours été ma seule famille, j’ai grandi seul auprès de lui, sans terre, ni racines.
Mon père s’appelait Miguel, Miguel Martinez, on ne pouvait pas faire plus espagnol comme identité. Seulement, il se faisait appeler Michel. Il ne m’a jamais parlé autrement qu’en français et à l’école, il m’a fait apprendre l’anglais, puis l’italien.
J’ai grandi seul avec mon père, sans terre et sans racines.
Mon père n’avait pas de parents, on l’avait trouvé un jour sous un porche à Carthagène et il avait été élevé par l’assistance publique de la province de Murcia. C’est tout ce que j’ai su.
Mais aujourd’hui, c’est mon anniversaire, et c’est aussi celui de la mort de maman.
Mon père est mort maintenant, cela va faire bientôt un an.
A sa mort, j’ai du fermer la petite maison, il n’y avait pas grand chose là dedans, pas de racines, pas de terre, pas de biens…
Un tiroir cependant, que je n’avais jamais ouvert parce qu’il le tenait toujours fermé à clef.
J’ai cassé le tiroir, arraché la serrure.
Des papiers jaunis, et cette vieille photographie que je vous tends, et puis, surtout, le livret de famille…
Mon père avait un père et une mère, c’était écrit là, noir sur blanc : Miguel Martinez, né à Vera, province d’Almeria de José Martinez et de Ana Simon.
Alors, j’ai cherché plus avant. J’avais donc un grand-père prénommé José, comme moi, et décédé l’année de mes six ans.
J’ai écrit là-bas, à Vera, à l’état civil : ils étaient tous nés dans le village : mon père, Miguel ; mon grand-père, José ; mon arrière grand-père, Miguel ; son père, encore José, et ainsi de suite pour la nuit des temps.
Je suis né sur un mensonge et je suis celui par qui le fil a cassé, celui par qui la chaîne a été rompue, la ligne brisée. Je ne saurais jamais pourquoi ; pourtant, il m’a quand-même appelé José…
Je reste un sans terre, et mes racines sont à nu, elles tiennent toutes entières dans cette petite photo et dans ces quelques prénoms ...



