samedi 19 août 2006

Incantation


Elle dit :

-" Il faudra désormais que tu te prosternes. Non, mieux : que tu m’adores, que tu m’exiges, que tu me pries.
Ce faisant, que tu me construises à mon image. Que tu oublies ce que tu pensais savoir de moi.
Tu ne devras jamais te plaindre ou réclamer, encore moins larmoyer, mendier ou quémander.
Jamais douter non plus, c’est bien le moins.
Il faudra que tu prennes à plein bras, à plein poumons, à toute force, mais sans jamais pourtant être en position de force.
Puisque ce n’est qu’à la force de ton désir que je saurai m’abandonner car c’est lui qui me construira et me rendra puissante. "

Elle rit, elle pense qu’il est déjà tard. Bien trop tard en vérité.
Qu’il y a des limites au pouvoir et à la force des mots.

Elle dit :
-"Au fond, je crois que je ne t'aime plus."
Elle le dit en souriant, et puis, elle s'en va.
Comme ça.

Il reste longtemps assis à regarder son dos qui s’éloigne, longtemps encore après qu’il ne la voit plus depuis longtemps déjà d’éloigner…