dimanche 22 octobre 2006

L'étendard


A la fin, il n’est plus temps de se retourner.

Il y a bien pourtant tous ceux qu’on a laissés derrière soi,
Assoupis,
Au hasard,
Aux pires abandonnés

Tous ceux dont on nous disait qu’ils étaient terroristes
Ou bien pirates
Et qui au fond n’étaient jamais que de piètres corsaires
Et leurs sanglants étendards
De pauvres chiffons rougis

Tous ceux qu’on a laissés bien seuls
Au centre de leurs arènes
Devant des gradins vides
Tout résonnant de crimes anciens
Sans plus aucun témoin

Tous ceux qu’on a aimés pourtant
Et qui ne l’ont pas su
Et qui ne l’ont pas cru
Qui sont là-bas, perdus

C’est parce qu’un jour, le temps ne nous suffisait plus,
Qu’il nous fallait, ailleurs, gagner d’autres combats
Rejoindre d’autres pistes

Et toujours : avancer.

Photo : Lumière au pays noir

mardi 10 octobre 2006

Monochromie : rouge.


A la fin, chaque soir, j’étais assise au coin de la terrasse, repliée contre la barrière de métal rouillé, à gratter de l’ongle de l’index gauche les petits éclats de peinture blanche ; à siroter de la main droite une soupière d’Américano.
Je regardais flotter les ombres et les défunts dans le liquide rouge, trop rouge, éosine, mercurochrome…
Penser les plaies.
Les repenser.
Assise, je t’attendais.
Je ne sais pas où était l’enfant.
Quelque part dans la maison.
Parfois, elle venait encore jusqu’à moi, elle avait faim, elle avait soif, ou des devoirs à faire…
Je lui répondais à peine.
Elle a du finir par se débrouiller.
Toi, tu devais être ailleurs. Et même quand tu revenais, tu ne revenais pas vraiment.
Et puis un jour, les ambulances sont arrivées.
Ils m’ont emmenée dans cette chambre. Ici, je t’attends encore, mais je sais bien que tu ne viendras pas.
Je ne sais pas où est passé l’enfant.
Ici, ils disent qu’ils me soignent.
Je sais bien que ce n’est pas vrai...