samedi 25 novembre 2006

37°2 le matin.


Tramontane.
J'ai oublié la tramontane. Elle a resurgi ce matin avec ce vent qui rend fou. Celui qui pleure, plaque vos vêtements d'automne sur un ventre creux.
La tramontane est revenue. Et les pilotis des maisons de la plage. Le sable cinglant en longs tourbillons hurlants qui rend la mer inaccessible.
Un été dos à la mer.
En boule, sur la terrasse de la maison de bois, sur l'arrière, là où meurt la tramontane à bout de souffle fracassée par la façade qui regarde le large. L'enfant qui grandit dans mon ventre n'entend rien des pleurs et des cris du vent. Il sait pourtant déjà l'absence et le silence, dos à la mer...
Et le soleil, pourtant, et le soleil, pourtant ...

vendredi 24 novembre 2006

Ruse des vents


Ruse des vents

La ruse des vents ? Des tourbillons, des rafales soudaines et tout ce que tu crois qu’elles emportent.
Oui, mais parfois, le vent n’emporte rien.

La ruse des vents, c’est peut-être plutôt ce que ces grandes rafales déposent d’incongru.
Les monceaux de neige en congères accumulés par la burle mordante sur les plateaux sauvages, le sable du désert abandonné par le foëhn au pied des Alpes : rougeoyantes terres de Mars…

La ruse des vents de sable ? Vous aveugler, gorger vos lèvres et vos narines d’éclats d’arcs de soudage cinglants et crépitants.

La ruse du mistral ? Traîner sa queue jusque dans les monts du Lyonnais, dégrafer quelques tuiles romanes au passage, et vous faire croire au midi.
Mais ce n’est pas le midi.

La ruse finale des vents, c’est de se taire soudain et de mourir et de vous laisser pantois, bras ballants, attendant la tempête qui finira bien par revenir.
Puis par vous emporter.

vendredi 17 novembre 2006

A quoi ça sert ?


A quoi ça sert de faire le mort ?
C'est que là, au moins, c'est pour de faux.
Parce que, bien sur, ce n'est pas facile, quand déjà tu es mort une première fois, de risquer de mourir encore...

(Photo Akinou)

mercredi 15 novembre 2006

Des armes bleues comme la terre …


En petite neige aigrelette,
La bruine à la lueur des phares.
On aurait cru Noël, mais c'était pas Noël.

Des mots comme des armes
Et cette guitare qu’est un fusil
Ouvrir les vannes
Parler sans crainte :
Qu'enfin le vent nous prenne.

Lâcher les mots comme on lâche les chiens
Le doigt sur la gâchette
Comme si ça n’avait pas d’importance.
D’ailleurs, ça n’a pas d’importance.

Des mots pour dire et se dédire
Et pour maudire aussi
En rafales pigeons d’argiles
En cœur de cible
Viser la rage :
Au ventre.

mardi 14 novembre 2006

Désert de pierres


En nous, le temps se creuse
Et les mots ne sont plus de mise
Tout hier ruisselle
Un lac salé
Craquelé de sécheresse
Et nos rides profondes
Nos failles nos fissures
Nos peaux en parchemin
Nos mains comme un fiasco
A plat, presque étonnées
Privées de mouvement
Comme des ailes inutiles, repliées :
Nous ne savons plus voler
A peine saurions-nous encore marcher
De nos jambes rouillées
De nos semelles plombées
Nos lèvres resserrées
Sur des secrets d’acier
Des nuits de houle
Des coulées de lave
Pauvre et maigre barrage
Derrière le mur des lèvres closes
Les mots se pressent
S’oppressent
Ceux qui s’échappent sont des brûlots
Des galets incandescents
Des flammes assassines
Au sol, retombent en petits cailloux secs
Arides et stériles
Désert de pierres

Parfois pourtant, quelques lichens et le nara …

Il suffirait d’une pluie d’orage.