mercredi 20 décembre 2006

Décembre Bleu

Comme une hyperacuité
Les lumières de la ville trop blanches
Une nuit au centre du chaudron
Les yeux secs et brûlants
Une hyperacousie
Les sons distordus : des cris
Ces femmes et ces hommes qui pleurent, chaque jour
Mes mains sur mes oreilles

Ne plus voir et ne plus entendre
Fermer les écoutilles
Par dessus bord, jeter les instruments
A l’eau boussoles et cadrans.

J’ai peur d’avoir envie du moment où
A l’abandon
Je finirai par t’entraîner
Là-bas
Dans la profondeur du bonheur
Où je n’entends plus rien
Où je n’ai plus qu’un mot, un seul.
Où le silence est bleu
Et la lumière d’opale…

lundi 18 décembre 2006

Comment n'as-tu pas peur ?


Comment n’as-tu pas peur d’ainsi prendre ma main ?
La peau d’éléphant qui recouvre mon cœur
Par endroit en crevasses se fend
Laisse échapper les mots
Ensevelis par des années de squames.

Comment n’as-tu pas peur d’ainsi marcher à mes côtés au bord du précipice ?
J’ai le vertige parfois
Et la tête à plonger
Au fond du gouffre tâter enfin du néant
Ridicule qui nous attend là-bas.

Comment n’as-tu pas peur d’ainsi contempler les peurs qui me rongent ?
Les oiseaux dans la cave
Et les rats sur le toit
Le vieil homme de la rue Noire
Et les stigmates de l’exil.

Tu attends l’éclaircie, le soleil et le sel qui soignent la peau, les chalets de montagne, les chemins de halage, les vagues à l’océan, et les nuits de silence serein, tendu comme un ciel de lit.

dimanche 17 décembre 2006

Mange ta main et garde l’autre pour demain !


Je crois bien que j’ai attrapé un coup de soleil
Non, c’est vrai, tout ce rouge tout autour de moi, je ne peux pas m’empêcher de mettre partout du rouge. Le soleil a du me monter à la tête.
Tiens, j’ai la tête à l’envers, j’ai sans doute encore rêvé d’elle.
Cette petite fille en rouge qui peut me dire qui elle est vraiment ?
Je ne sais plus, mon pinceau file seul, c’est mon cerveau qui déraille, elle s’impose à moi, la petite, je n’y peux rien, j’ai la calebasse en ébullition, si ce n’est pas un coup de soleil, c’est un coup de lune.
Elle est partout, la petite brune avec sa robe rouge, dans des fauteuils rouges, des rêves rouges, des rideaux rouges. Je suis le loup. J’ai bien peur d’être le loup, à moins que je ne sois le chaperon…
La petite a dévissé son pied. C’est aussi logique que de dévisser sa tête pour mieux voir autour de soi. La petite a dévissé son pied pour mieux pouvoir le contempler.
Personne ne saura mieux la dévorer.
Elle se dévore elle-même, vorace, prend les devants, la vie, elle la connait, d’avance.
Reste à savoir, qui est caché ainsi derrière sa porte, qui est le loup piteux qui la verra ainsi manger son pied, et garder l’autre pour demain. Puisqu’elle a faim.
Reste à savoir, ce qu’elle fait là, cette petite, dans ce fauteuil, à me narguer ?
Reste à savoir qui je suis, moi, dans cette histoire ? Le peintre ou le narrateur, le loup où la fillette ? Le meurtrier ou la victime ? Il manque le rouge du sang : son pied de peinture ne saigne pas. Je vais rajouter un peu de rouge.

vendredi 15 décembre 2006

Bourdon


Au loin, c’est le bourdon qui pleure de sa voix de basse
Etouffée par la brume d’hiver au souffle de glace …
Au loin, c’est le bourdon qui pleure.
Dans le plat paysage ses échos se prolongent, infinis, à demeure.
Mes yeux dans le brouillard ont perdu les faîtages comme leurs ombres
Mes mains en déshérence caressent une branche humide et sombre,
Dénudée.
C’est un clocher.
Un clocher au bourdon fêlé

jeudi 14 décembre 2006

De guerre lasse…


Tout ce temps écoulé à savoir que l’on manque les mots
A viser l’éternelle cible
Le mot juste.
Celui dont on sait pertinemment qu’il n’existe pas.
Et dans le néant,
Persévérer.
Chercher le mot qui manque,
Le mot parfait,
Juste ce mot là.

Et puis, un jour, de guerre lasse
Prendre le chemin
Des mots qui passent …

mercredi 13 décembre 2006

Le cri


C’est de partout que proviennent les cris.
Du dedans, du dehors
J’ai beau plaquer mes mains sur mes oreilles
Ça bourdonne
C’est de partout que proviennent les cris
En vagues
Le son se fracasse et mon estomac se noue
Les souvenirs remontent
Des nuits passées
A me montrer comme ils sont beaux tes sentiments
C’est de partout que proviennent les cris
Je ne suis plus qu’un long déchirement
Le chien aboie la caravane passe
Sous mes pieds il y a le fleuve
Autour de moi, il n’y a plus que pleurs
En moi, il n’y a plus que moi
Qui me tord de comprendre…
Rien Il n’y a rien d’autre à dire
Je n’entends plus que ces cris
C’est de partout que proviennent les cris.

(Note inspirée par la page Google du 12 décembre)...

lundi 11 décembre 2006

Givrés


Premier matin de givre.
Il a plu des étoiles cette nuit
Elles argentent les toits d’ardoises
Et emprisonnent d’une gangue glacée
Les roseaux de la mare.

Les enfants ont décoré le haut sapin et, entre chien et loup, les lucioles scintillent encore. On aura oublié de les éteindre…

C’est un long dimanche de petits riens.
Un dimanche en creux
Un dimanche à jeter quelques vœux
En l’air
Espérant qu’en cristaux étoilés
Ils retombent
Et de reflets argentés
Ravissent nos pensées
Givrées.

dimanche 10 décembre 2006

Les histoires d’A


Et comme j’ai envie de mots vivants, de mots vibrants, j’ouvre le dictionnaire à la lettre « v ».
Car c’est à Valenciennes que Valérie rencontra Valentin. Valentin dès ses vingt ans se voyait déjà valétudinaire ; Valérie, lorsqu’elle le vit, sentit la fièvre l’envahir. Pour apaiser la fièvre et les angoisses du valétudinaire, rien de tel qu’une tasse de valériane.
Rien n’y fit. Valentin resta arrimé à ses angoisses et Valérie à ses envies.
Vaine histoire : il ne lui restait plus qu’à faire ses valises…
Ainsi va la vie, se dit-elle, en quittant la ville de Valenciennes pour rejoindre Valence où le vent violent finit par lui rendre sa liberté et ses envies.
Nous ne sommes jamais où nous devrions être, en effet.
Je verrai bien, je vais quand même pousser cette porte…
Le temps dure longtemps, les parties sont longues.
J’ai dans les manches encore quelques jokers …