lundi 25 juin 2007

Chambres à coucher.

Elle est allongée sur le sol, sa tête posée sur mes cuisses. Je laisse ma main glisser dans ses cheveux. Le temps dure longtemps. Entre chien et loup, le ciel d’automne se referme à la fenêtre de notre chambre étroite.
Je ferme les yeux. Je sens qu’elle est déjà si loin…

Toutes les chambres de ma vie, toutes les chambres de mes vies pour aujourd’hui celle-ci, petite et sous les toits, et mes doigts dans ses cheveux emmêlés.

La chambre de mes premiers souvenirs tout au fond du couloir dans la petite maison blanche de la cour de l’usine, rougeole et oreillons, le temps ou j’étais seul encore, et ensuite, la naissance de ma petite sœur qui devait bien avoir une chambre, mais, je ne m’en souviens pas.
La chambre du premier déménagement, tout là-haut, au dernier étage de la grande maison bourgeoise redécoupée en appartements grands mais pas très fonctionnels. La vue sur la forêt de mes jours et les chauves-souris de mes nuits, le somnambulisme de la petite sœur et la naissance de la troisième qui devait bien avoir une chambre quelque part, mais, je ne m’en souviens pas.
La chambre du départ pour une autre région, loin, et les pleurs de grand-mère qui jamais n’avait vu partir un enfant, non, jamais. A l’entrée à gauche dans la villa seventies de location, papier vénilia orange et marron de mes années d’adolescence.
La chambre de ma première vie en appartement. J’avais repeint les murs en blanc et au mur collé des milliers de photos de maisons et d’immeubles. Au lycée, je voulais être architecte.
La chambre d’étudiant dans le grand immeuble caca d’oie de la grande ville au pied de montagnes trop hautes, trop noires, trop proches, et le froid qu’il y fait en hiver, et la zone qui traîne là, derrière la gare, et le mobilier Henri II sombre et torturé qu’il faut chaque matin supporter de revoir.
La chambre de mon premier appart’ d’amoureux. Beaucoup trop grande et malcommode : loyer réduit des vieux logements presqu’insalubres et les murs en parme pour se donner de la lumière et de l’espoir peut-être…
La chambre de mon divorce dans la maison de nos rêves tout au sommet de la colline, c’est une maison bleue et les murs qui s’écroulent.
La chambre du départ encore vers une ville grande où tout recommencer. La chambre salon salle à manger à tout faire sauf dormir. Et j’étais seul encore.

Et maintenant celle-ci, où, allongée, la tête sur mes genoux, tu fais semblant d’être là.

A la prochaine enfilade, une autre chambre, je le sais déjà. A la dernière porte : un hôpital ou une maison de retraite ; clinique de la raison close.
Oser pousser les portes…

6 commentaires:

Gabriel a dit…

Tu as une façon de nous ouvrir des portes... sans bruit, on passe sur la pointe des pieds, mais on ne fait pas semblant d'être là... on y est à la presque dernière porte

Elvire a dit…

Gabriel : Waouh, c'est un très joli compliment, ça ... j'aimerais tant vous emmener, tous ... mais où ?

Blog-trotter a dit…

Vues avec chambre...
La raison close. j'aurai aimé trouver ce vocable. Ma mère y est depuis un an. Alzheimer.

Elvire a dit…

Trotter : forcément, souvent, les échos sont malheureux, parce que vécus, mais par tant et tant ...

la vapeur qui monte de l'étang a dit…

Très beau texte, j'ai l'impression d'être dans le couloir du générique de cinéma-cinéma sur france 2, quand on ouvre les portes une à une pour avoir un aperçu, puis on referme, sur la pointe des pieds.

marie.l a dit…

"villa seventies de location, papier vénilia orange et marron de mes années d’adolescence." me rappelle quelque chose, mais ce n'était pas dans mes années d'adolescence, car pour les seventies hé hé j'étais déjà nettement plus loin que toi, et mes chambres étaient avec des lits doubles... Bon je radote, je le sais, et ma prochaine chambre, celle de la dernière porte, semble être dans une sacrée (enfin si on peut appeler ça comme ça !) proximité...

A bientôt Elvire