mercredi 11 juillet 2007

Brouillon de vie (déchirer-recommencer)

La première de mes quatre filles a le prénom de celle qui vengea sa mère. Je ne vengerai pas la mienne. C’est mon père que je venge. Elle, elle peut continuer à se soucier de moi.
Le père de la première de mes quatre filles, je l’ai rencontré très jeune. Au lycée, à peine.
C’est peu de temps après la naissance de cette fille là que j’ai rencontré le père de ma seconde fille. Dans notre maison, sur la table de la cuisine, pendant que mon mari dormait à l’étage.
La seconde de mes quatre filles, je lui ai donné mon prénom. Juste devant, j’ai glissé le prénom de Marie. « Marie-moi ». Y’a des gens qui ont trouvé ça bizarre, moi, pas : j’ai un joli prénom.
Avec les deux filles, je suis partie. Le père de la seconde, il vivait ailleurs. Il avait une fiancée que ses parents aimaient beaucoup. Et lui, il aimait beaucoup ses parents. Et moi, je ne rentrais pas dans le décor.
Alors, j’ai attendu la troisième de mes quatre filles. Il pensait en être encore le père. Je ne crois pas qu’il soit le père. La troisième de mes quatre filles a les cheveux trop blonds et les yeux bien trop bleus. Je lui ai donné le prénom qu’a choisi ma mère. Si ça pouvait lui faire plaisir. Elle a un prénom d’ange. Ça lui va bien au teint.
Le second de mes hommes a donc fini par m’épouser. Tant pis pour sa famille. On s’est installé loin, dans une vieille ferme, à la campagne.
Evidemment, j’ai fini par m’y ennuyer. Le troisième de mes hommes je l’ai croisé là-bas, avec ma marmaille au bout des bras. C’est le père de la quatrième de mes filles. Celle-ci, je lui ai donné le prénom que le père a choisi. Un prénom de lumière, il voulait … Sauf qu’à la fin, je ne savais plus trop qui était qui dans cette histoire.
J’ai préféré renoncer. Elles posaient trop de questions, les filles. Maintenant, c’est ma mère qui les élève toutes les quatre. Cette fois-ci, elle n’a pas réussi à se barrer. Faudrait que je trouve un boulot, maintenant. Et que je réfléchisse un peu. Je ne sais pas trop ce que je vais pouvoir faire de toutes ces histoires…

3 commentaires:

la vapeur qui monte de l'étang a dit…

j'aime beaucoup la phrase de fin "que faire de toutes ces histoirs" qui vient faire écho à l'interrogation d'une narreuse comme toi, qui dois avoir ses tiroirs plein d'idées de nouvellines, de bio-histoires matinées de fictions imaginatives ... encore de jolis destins de femmes narrés ici, des épisodes de souvenirs cousus les uns aux autres, avec ourlets sensibles et faux-plis ciselés...

Blog-trotter a dit…

Ou l'art de prendre de vos nouvelles sur la table de la cuisine. ;)

Ps: Très chouette ce texte dit le vieil hibou.

Elvire a dit…

La vapeur : Un gros meuble à tiroirs encombrés de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau. (sourires)
Trotter : votre lecture est très sélective, je trouve (rires)