Il n’y a pas de vide sous nos pieds, quand tu m’embrasses. A la fin, tous les hommes finissent par avoir les oreilles décollées, des poils dans le nez, des mots déplacés, des idées creuses. Je le sais bien. Toi, comme les autres. Encore un peu, je fais semblant. Mais tu sais, déjà, dès le départ, je le savais. Pourtant je joue. Je joue encore. Je ne peux pas m’empêcher de jouer encore. De vouloir faire semblant d’y croire. Le pire c’est que j’y crois encore. Vraiment. Dans les moments d’avant. Ceux ou tu peux encore rêver l’histoire. Inventer des vertiges et des sols qui s’écroulent sous tes pieds.Ailleurs, je connais un homme qui ne viendra jamais. Il chante Malbroucke s’en va en guerre les deux pieds bien campés dans ses hautes terres. La trinité se passe et Malbroucke rêve encore des beaux voyages qu’il fera demain. Il est celui là même qui toute sa vie songe à prendre à pied le chemin de Compostelle. Il dessine des cartes et des chemins herbeux. Désire la chaleur du soleil sur sa peau, le vent d’Ouest dans ses cheveux. Le pire, c’est qu’il y croit encore. Vraiment. Dans ces moments d’avant. Pourtant, il sait qu’il ne partira pas. Jamais. Parce que son rêve est encore le plus beau des voyages. Parce qu’au fond, il n’y a rien de mieux là-bas ; rien de mieux qu’au fond de son jardin sauvage, digitales et herbes folles.


5 commentaires:
Je ne suis pas tout à fait d'accord...
Ben, moi non plus, je ne suis pas d'accord ;-) Reste que, parfois, le manque de courage ... On s'invente de bonnes excuses.
Croire et déc-croire, parce qu'ainsi nous réinventons un présent possible. Croire surtout que celui-là toujours est surprenant d'ailleurs. Si les pauvres cendrillons ne croyaient pas au prince que les herbes seraient sèches dans nos jardins !
J'adore ces mots, ils résonnent, déraisonnent...
et dans l'esprit de ton texte je continue à penser à autre part, essayant encore d'y croire, herbe folle que je suis, adepte de valériane et autres plantes salvatrices !
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