Je suis petit et plutôt malingre. Vaguement vouté, aussi. Jaune de peau, le cheveu rare et filasse. J’ai toujours l’air malade et d’ailleurs, que passe la gale, elle est pour moi. Ma peau part en plaques rougeâtres et les moqueries ne font que s’accroître.Je ne suis doué en rien. A peine moyen à l’école depuis la maternelle. Pour je ne sais trop quelle raison, j’apprends tout seul des langues vivantes. Du russe, du chinois, du n’importe quoi. Je tente l’épate avec ça ; bien sur, ça ne marche pas, et les rires fusent.
Maman continue à m’imposer ses vêtements. Chics et sobres, dit-elle. J’arrive donc le matin, au lycée, avec un pantalon gris en tergal, plis permanents ; un pull vert-bouteille et des chaussettes à losanges comme touche de fantaisie. Et par-dessus tout ça, un loden bleu-marine. On me montre du doigt en ricanant.
Evidemment, je suis toujours en décalage. A côté. Avorton disent-ils.
Mon frère, c’était autre chose. Meilleur en tout. Excellent élève, excellent fils. Et puis, grand et fort, et des yeux si clairs, et la peau si douce et mate, et d’épais cheveux dorés.
Evidemment, je ne tiens pas la comparaison. Je le sais bien. Si je l’oublie un instant, mon père se charge de me le rappeler chaque jour. C’est juste pour que je progresse, que je m’améliore, je crois…
Au lycée, ils racontent n’importe quoi. Ils inventent des histoires. Ils disent qu’il est mort d’un accident de scooter, mon frère ; ou bien encore, qu’il s’est pendu dans sa chambre.
Ben non. Il s’est juste couché un soir avec de la fièvre. Et puis, il ne s’est jamais réveillé.
Parti, l’ange.
Restait l’autre.
Moi, quoi.


4 commentaires:
une histoire vraie, je l'ai rencontrée dans un cadre légèrement différent, mais je l'ai reconnue sous ta plume. Merci Elvire pour ce que tu as écrit en réponse à mon commentaire de ce matin !!!
parfois l'ange ne l'est que parce qu'il est parti avant...rester pour affronter le regard des autres n'est pas qu'un choix : c'est aussi un espoir pour les autres canards...mais que c'est lourd !
Marie : Que des histoires vraies, au fond, toujours, des milliers comme ça j'imagine, rencontrés là ou ailleurs ...
Oyez : Parfois, l'ange est un ange parce qu'il reste. Debout, droit dans ses bottes, face aux autres canards ; parfois montrant la route, ou ce qu'il en sait... Quelqu'un qu'on aime, quoi, forcément ;-)
Beau, touchant. Voilà !
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