mardi 9 octobre 2007

Gris/Bleu…

Tu as les yeux couleur de temps . Au matin tes orages, gris de plomb. Au chagrin tes otages, gris de fond.
Tu dis que tu ne vivras pas bien vieux. Tu dis que tu mourras jeune.
Tu secoues tes mèches brunes, devant le ciel de tes yeux, passe un oiseau noir.
Tu te veux tellement unique, et décalé, et différent.
Tu promènes ton long corps et tes allures dégingandées.
Tu te donnes des certitudes, comme un qui sait ce que nul autre …
Mais tu as les yeux couleur de temps . Au solstice tes soleils, mordorés.
Et d’heure en heure, de jour en jour, le temps poursuit sa route.
Cahin-caha, tu quittes ta carcasse.
Tu grandis.
Enfin, c’est ce qu’on dit.
Accroché pas à pas par ces éclats de lumière. Ces petits riens.
Finalement, tu vis.
Finalement, tu doutes.
Tu oublies même tes certitudes et tu laisses passer l’âge certain de ta mort trop rapide.
Tu es plus vieux désormais que ne l’était ton père.
Tu voudrais bien vivre encore, maintenant.
Mais tu n’as plus le choix.
La douleur qui te traverse aura le dernier mot.
Et tu souris : c’est drôle de partir ainsi, avec pour dernier instant un semblant d’ironie…


photo : que ma joie demeure

5 commentaires:

uhsn a dit…

Tu distilles les mots, les histoires, et restent ces textes, intenses, condensés. Liqueurs savoureuses.

Ils piquent toujours un peu les papilles, juste ce qu'il faut, et finissent par réchauffer les entrailles, enivrent pour ces quelques délicieux instants qui suivent la lecture.

Merci Elvire !...

Elvire a dit…

Nemo : au moins, je n'écris pas dans le vide, si je peux atteindre quelques uns ... c'est le bonheur!

© Gabriel Arnaud a dit…

devant un texte qui me touche à ce point, que dire ?
Merci

Elvire a dit…

Gabriel : Il faut croire que c'est ainsi que les hommes vivent ... Merci à toi.

marie.l a dit…

je n'avais pas laissé de trace, et j'ai relu encore aujourd'hui, mais ces traces là ne retracent pour moi qu'un autre sourire ! merci Elivre !