mercredi 24 octobre 2007

Le cours des eaux ...

« Sois bien sûre que je ne vais pas lâcher ta main. »
Ce sont les mots que tu ne dis pas, mais tu tiens bien serrée ma main dans la tienne.
Je sais qu’ainsi nous irons jusqu’au bout du chemin.
Les mots que tu dis ce sont des mots du dehors, pas des mots du dedans.
Tu me racontes les tomates du jardin, les fleurs sauvages, la vie du fleuve, qu’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau. Tu marches à mes côtés et ma main dans la tienne prend toujours un peu plus de place.
Parfois, tu ne dis rien. Tu me laisses raconter mes histoires de rien. Tu souris à peine. Ton silence bourru laisse la place aux oiseaux du chemin, aux vaguelettes du fleuve qui frissonnent sur la rive, aux cris des enfants plus loin qui étrennent leurs bottes de caoutchouc dans les flaques boueuses.
« Sois bien sûre que je ne vais jamais lâcher ta main et que je t’accompagne.»
J’entends ça dans tes récits timides de ta campagne perdue, des chevaux de labour, des mains de ta grand-mère, noueuses mais solides, des doutes des temps de grande guerre ou les enfants seuls, et les femmes seules…

Au bout du chemin, tu as lâché ma main. Il n’était même pas la peine de se dire au revoir. Ma main dans la tienne avait pris tant de place. Pourtant toujours, tu marches à mes côtés. Dans ma main aujourd’hui, sur la rive du fleuve, je tiens une autre main. Petite et chaude, une main confiante qui parle de la récré, des enfants de d’école, de la maîtresse aussi, et des cordes à sauter.
« Sois bien sûre que je ne vais pas lâcher ta main ».
Ce sont les mots que je ne dis pas. Je parle des brumes sur le fleuve et je des plates colorées qui lentement suivent le cours des eaux, les épousent en silence…

4 commentaires:

marie.l a dit…

j'aime les mains, la main, et j'aimerais aussi que l'on me dise : "je ne te la lâcherai pas" j'aimerais bien ! merci Elvire je crois que je te vole tes paroles pour moi !

© Gabriel Arnaud a dit…

Oui, les mains se souviennent; les mains sont des paroles muettes imprimées dans la chair...
Merveilleux texte, encore

Shag' a dit…

Putain de talent !

Elvire a dit…

Shag' : putain de com' (rires) et ça me fait vraiment quelque chose...
Gabriel : des mains comme des livres où chercher le fil du temps...les fissures comme crevasses et les veines bleutées comme cours d'eau...
Marie : il y a sûrement des mains qui n'ont pas lâché les tiennes, et puis il y a surtout les tiennes qui n'ont pas lâché les leurs...