mardi 23 octobre 2007

Rien

Lorsque les feuilles, dehors, virent aux jaunes, aux rouges, aux orangées ; que la terre toute entière exhale des odeurs de mousse et de champignons ; que le matin parfois, le givre commence à laisser sa peau laiteuse sur le pare-brise de la voiture de monsieur Lucien – Monsieur Lucien,c’est le vieux voisin qui laisse toujours sa vieille 4L dans la rue devant la fenêtre de ma chambre – bref, lorsque l’automne n’a plus rien de bien neuf ; je sais que c’est bientôt mon anniversaire.

C’est comme ça que je m’en souviens.

Lorsqu’il fait nuit noire, alors, et que des arbres, je n’ai plus que le souvenir, j’essaie sous mes draps d’oublier le reste. La peur qui ronge. L’innommable. Ainsi, je dors enfouie et la tête recouverte par les lourdes couvertures. Ici, rien ne change, et l’odeur reste la même, qu’un jour je ne sentirai plus. L’idée revient toujours qu’un jour je ne : rien.

En glissant sur la rambarde de l’escalier, le mois dernier, Pierre est tombé. Il s’est fracassé le crâne sur le carrelage noir et blanc de l’entrée de la maison. En classe, son bureau vide .
Mon petit cousin Thimothée s’est endormi un jour dans son berceau et jamais réveillé.
Barthélémy s’est tiré une balle dans la tête sur le trottoir devant la maison de son père.
Ma grand-mère un cancer du colon.
Hier, Isabelle dans le jardin, a tordu le cou d’une mésange blessée.
Cingué le chat, devenu maigre et tellement maigre qu’à la fin disparu.
Demain, c’est mon anniversaire.

4 commentaires:

oyez a dit…

ça revient chaque année, inexorablement.... pourtant je me suis fait avoir, le rouge n'a pas teinté la feuille de vigne : le froid l'a déjà gelée, comme si cette année, tout n'était pas Exactement comme avant. Les feuilles sont recroquevillées, toutes moches, c'est quoi cette mort précoce ?

Elvire a dit…

Oh, ici, c'est comme l'année d'avant, toujours. Bientôt les eaux mollement déborderont et envahiront les grandes plaines. Autour du vélodrome, le jaune domine le rouge, plus pointillé...Les froids d'Ouest ne sont pas ceux de l'Est...les déclins d'ici sont patients.

marie.l a dit…

oui... il est bien proche celui là, le mien bien loin encore mais je n'y pense pas ! et pourtant...

Marc a dit…

J'aime beaucoup cette note, le temps qui avance avec lenteur et empressement aussi. A bientôt