dimanche 2 décembre 2007

Source, fontaine, fleuve, puis au loin ?

A la fin, je mélange toutes vos voix.
Dans la froide nuit de l’abbaye de Fontevraud, j’entends encore les cris des femmes qui s’enfuient. Comment sauver sa vie dehors ? Comment survivre loin de la source et des fontaines ? Suivre le fleuve, une bible sous le bras. Prier. La petite Héloïse avait deux ans quand elle fut emmenée ici, au pensionnat recevoir l’éducation des mères. A quatorze ans, elle avait pris le voile. Peu importe alors son âge quand vint le temps de la révolution. Le moine devenu maire républicain de la commune, tout plein de haine contre les femmes régnant sur l’abbaye, sonna la fin de ce temps là. J’entends les pleurs d’Héloïse et des autres résonner au long des hauts murs de tuffeau ; à la fin je mélange toutes vos voix. J’entends la tienne rocailleuse et masculine qui brise le silence des pierres d’une sentence banale sur les révolutions : c’est toujours ainsi que ça se passe, les révolutions…
Sais-tu mieux qu’Eloïse, ce qu’il y a, là-bas, par delà la source, puis la fontaine, et enfin le fleuve Loire ?
A la fin, je mélange toutes vos voix.
La femme trop lente est revenue l’autre jour. Elle passe la porte et me demande. Toujours, elle me demande. Elle raconte encore et encore cette lenteur qui fait que personne jamais ne veut plus d’elle pour le boulot. Qu’hier encore, elle a poireauté plus d’une heure et demie à la porte d’un bureau pour s’entendre dire que non, ce ne serait décidemment pas possible. Et sans cesse, elle soupire. Des fabuleux soupirs qu’elle expulse tente de s’échapper tout ce poids de vie. Mais ça s’accroche. Encore. Elle dit juste qu’elle est lente un peu, et qu’elle souffre du dos depuis l’accident. Il y a dix ans maintenant. Mais, dans son dos, il y a écrit « trauma crânien », et ses lourds soupirs, et ses vifs coups de gueule ne cachent guère la misère.
A la fin, je mélange toutes vos voix.
Ainsi toujours les choses se répètent à l’envi…
A quoi donc cela me servirait-il alors de savoir qu’au-delà du fleuve se trouve un océan…

3 commentaires:

pommereinette a dit…

depuis des temps
loin de la source on est trop petit, trop léger, trop lent. on n'est pas doué pour nager. tout a été inventé pour aller vite plus vite
et l'eau grossit et bouscule
on s'accroche aux herbes de la rive
interdit de flâner, interdit de stationner, interdit de prendre le temps, interdit de vivre
parler, écrire, penser ... vite
la norme est établie par les plus forts, les plus malins, les plus gros poissons trouveront l'océan.
les autres essaieront peut-être de retrouver la source ... peut-être ...
c'est dur, à contre-courant ....

sais-tu comment on dit cela par chez nous ? :
" c'est todi les p'tits qu'on sprotche " :)

pol a dit…

à Fontevraud forcément les voix, celles de ses femmes et celles des prisonniers,celles des chants sous les voutes, celles du sommeil dans le haut dortoir, celles qui s'essaient aux murmures des touristes et les jeux des enfants dans les salles désertées....
à Fontevraud la sensualité du tuffeau, s'y frotter , suivre doucement la pierre arrondie des colonnes,la main couverte de craie blonde...
à Fontevraud errer de l'ombre à la lumière...dedans et dehors...ne rien faire d'autre que s'asseoir sur une marche là haut dans la haute salle ou dans le recoin d'une fenêtre et laisser le temps s'écouler dans le soleil de la Loire...
Elvire savez vous à nous deux arriverons nous à enlever jp jusqu'à cette magie de pierres ?

elvire a dit…

Pol : Non, nous n'y parviendrons pas. Enfin, peut-être vous ...
pourtant, à Fontevraud, il serait bien forcé de s'asseoir et ne rien faire d'autre. La force de ces pierres...pourquoi en revenir,en effet!
Pommereinette : oui, et parfois, pourtant, il y a des lieux ou le temps s'arrête, suspendu. Dommage que ce soit si loin de chez toi, je pense que tu aimerais...