mercredi 31 janvier 2007

Dériver.



J’ai longé la longue plage
Le sable gris à l’infini
Nul bateau sur ce rivage
Au temps d’hiver, plus un seul cri…

Ailleurs

Où traînent les vieilles barges
Port pétrolier des longs ennuis
Et les torchères dans le brouillard
C’est beau les usines dans la nuit …

Avant

Les blancs échos des montagnes
Les neiges crues et hautaines
Mon vieux pays de cocagne
Dans les crevasses, mes peines…

Ainsi

De ville en ville dériver
Nomade par accident de vie.

mardi 30 janvier 2007

De battre, mon coeur ...

Légères et heureuses, comme en été, comme en vacances, insouciantes et bavardes.
La route qui traverse le village sent le bitume brulant et la mare asséchée laisse nos mains d’enfants collectionner les têtards léthargiques…
Et puis, il surgit, là, en travers du chemin, menaçante ombre haute nous barrant le passage.
Tout bascule et tangue, un navire en pleine tempête, la peur gluante et froide, et un si grand brouillard ...

Cette nuit d’été, sur un « off » célèbre, un centre de loisirs, après le spectacle en nocturne, les douches retrouvées, à deux dans les cabines, et l’eau chaude et fumante à l’heure ou les grillons déjà ont baissé les armes. Et le repos de nos corps fatigués…
Ils ont fracassé la porte.
Le même tangage encore, et la même terreur. Je frappe à tour de bras pour faire fuir le brouillard.

Un soir d’hiver, enfin, à la sortie des cours, la paix retrouvée de ce quartier populaire, les rues désertes et l’approche de la neige à la nuit qui scintille…
Il sniffe de la colle dans un sac plastique. Ses pas dans mes pas jusqu’à cogner mes talons.
Toujours ce tangage et cette peur noire et vivante. J’avance, c’est tout, j’avance…

Rencontrer la colère et la rage, apprendre à se battre, ne pas penser.

lundi 29 janvier 2007

Rue Noire

Marie est née en 1900, dans ce qui allait vite devenir une de ces villes industrielles champignon : une grande rue, une rivière, les premières voies ferrées et puis les premières autoroutes…

De Mathieu, il ne reste rien qu’une photo sépia, son grand manteau au premier rang des manifestations ouvrières de 1936…

Marie vit donc longtemps seule rue Noire … La rue noire, c’est plutôt une venelle en pente, pavée de pierres bombées et irrégulières, avec en son centre, un égout …
Dans ce boyau étroit, ou le haut des vieux immeubles calaminés semble à se toucher, Marie occupe deux petites pièces sombres, une chambre vue sur le passage et une cuisine vue sur cour.
On y accède par un escalier extérieur qui prolonge l’immeuble en loggias, un peu à l’italienne…
Les fenêtres y sont posées presque à même le sol, pas même à hauteur de genoux d’enfants.

Marie a toujours un chignon serré, vissé sur la nuque, le matin au miroir, elle peigne de longs cheveux très blancs, puis remonte le chignon, ainsi va chaque journée, rue Noire.

Peu à peu, les villes champignons de la révolution industrielle se sont éteintes … Les mines ont fermé les premières, ensuite, les aciéries, les verreries, les fabriques d’aluminium…On a recouvert la rivière qui traversait la ville, condamnées les voies ferrées jusque dans les cours des usines…Au flanc des crassiers, les grappilleurs s’en sont allés…

Aujourd’hui, la rue Noire est toujours une ruelle en pente, goudronnée de frais cependant...

Dans un souci sans doute de renouveler l’image de la ville et d’oser croire encore aux lendemains qui chantent, on a déboulonné la petite plaque bleue à l’angle de la rue pour la remplacer par une nouvelle, rutilante.

La rue s’appelle maintenant : rue Louis Amstrong … ça ne s’invente pas …

dimanche 28 janvier 2007

Laboratoire du chaos.

Tu ne sais pas trop où tu vas. Ce sont les mots qui te portent. Un à un, comme ils s’enchaînent, comme une affaire de sonorité, de correspondances et de rebonds.
Ils viennent seuls, naissent du chaos, et sur le papier s’inscrivent comme en dehors de toi.
Ils poussent. Surgis des bruits du dehors, des hurlements du vent, ou bien des cris d’orfraie des cochons que débarque chaque dimanche soir le paysan voisin. Venus du gris du temps ou de la neige fondue… Tu ne sais pas trop. L’impératif, soudain, l’évidence, c’est de les laisser naître.
Voilà qu’ils se fondent en nuances, colorent la trame en gris, toutes les nuances du gris, jusqu’à frôler le noir… Au loin, tu crois entendre le son du bourdon du village, et tu te dis qu’au fond, ton bourdon profond doit aussi résonner fêlé. C’est autour de la fêlure que les mots se greffent. C’est à toi que les mots parlent. C’est de toi, dont ils parlent. Alors, tu les cherches sans fin, tu cherches le mot juste, le mot final, l’impossible cible. Simplement parce que tu sais que tu ne l’atteindras jamais. Simplement parce que tu sais qu’on ne se connaît jamais vraiment.

De cette impossible quête, chaque fois, refaire le chemin.

Pour les impromptus littéraires
(photo : Mayhem)

jeudi 25 janvier 2007

Neige en Anjou

Le ciel ce matin de sa robe de fraise laisse glisser ses voiles, des pointes pâles, jaune à peine, du bleu layette, joliment cérusé ; veines de ciel.
La route brille, lisse et patinée, et les arbres alentours dans leur silhouette de verre cassant.
Plus un oiseau, plus un souffle.
Les calvaires enneigés portent leur poids de glace, de givre et de coton, en silence, suspendus.

L’hiver ici, plus magique qu’ailleurs, parce que si rare, et si fragile.

Dès ce soir, tout ceci aura vécu
Neige fondue
Bois et pierres revenus…

mercredi 24 janvier 2007

La maison dans la cour de l'usine

Les bras m’en tombent …
Blanc ….

Une photo dentelée en noir et blanc
Une unique rose sur une haute tige
Rose la rose, pas la tige…

Derrière le jardin les murs de l’atelier
Les toits successifs chapeau pointu de l’usine
Les grands hangars, les portes, la cheminée d’usine la plus haute d’Europe
Gris

Jaune un transpalette
Des ouvriers
Pas jaunes, les ouvriers,
Sauf les briseurs de grève

A la journée, et par équipe une caisse de rouge
Rouge
Vins mélangés des communautés européennes
Kiravi qui ravit à sa chaîne l’ouvrier
Les bouteilles aux étoiles sont consignées

La femme cependant garde les capsules de plastique
Rouge, vert, jaune, bleu
Les perce et les enfile comme des perles
Les fixe au dessus de la porte d’entrée
Un long rideau
Un long rideau chasse mouches au Kiravi.

(reprise du phare, avril 2006 : les mots de tisseuse et de l'arpenteur, une photo retrouvée, et les souvenirs qui reviennent ...)

mardi 23 janvier 2007

Une histoire de cheveux ...

Enfant, lorsque j’allais chez le coiffeur, ils voulaient toujours, tous, « désépaissir » ma chevelure. Trop longue, trop dense, trop rebelle, trop de masse…
Pour mes seize ans, j’ai sacrifié ma natte.
C’est le coiffeur, qui, encore tressée l’a ramassée … jolis cheveux pour un postiche…
Longtemps, j’ai gardé les cheveux mi-longs, désordonnées, brouillons, et cette grande mèche indisciplinée qui me barrait l’œil droit, comme un défi.
A l’orée de la quarantaine, j’ai laissé blanchir mes cheveux, tranquillement et j’ai taillé dans la masse. Coupés courts.
Comme un signe, une page tournée, une sorte de renoncement.
Je renonce mal, et voilà qu’ils rallongent à nouveau, et sèment encore le désordre…
Dans sa petite cuisine, au dessus de l’évier, se regardant dans le petit miroir carré entouré d’une bande plastique jaune, mon arrière grand-mère, du haut de ses soixante dix ans, lissait encore chaque matin sa longue chevelure blanche.
On n’en a jamais fini avec ses cheveux, ou bien alors, c’est qu’il serait déjà si tard…

(Pour Siméon-Maurice)

lundi 22 janvier 2007

Muraille de chine

Tu pensais d’un coup de bulldozer,
Tout foutre en l’air.
Et puis, abandonner ce pauvre champ de ruines, tourner le dos, partir.
Tu croyais raser tout, miner les patientes constructions comme ils ont explosé, un jour, à Sainté, la muraille de chine.
Et, dans la poussière, t’en aller, sans un regard.
Ailleurs.

Il n’y a pas d’ailleurs.
Il y a le doute et la peur.
Et le mur, c’est pierre à pierre,
A mains nues
Qu’il te faut le démonter.
Chaque pierre, la retourner, la regarder, la comprendre avant de la déposer,
Bête et seule
Sur les terres noires.

Alors, le vide soudain, et tu n’entends plus rien qui te parle et t’emmène, pas même le cri des oiseaux.
Dîtes, c’est comme ça que l’on devient épouvantail ?

dimanche 21 janvier 2007

Porter.

Porter un monstre au creux de son ventre et oser le penser.
Ne pas le dire, surtout ne jamais dire.
Aussi sûrement que je l’aurais dit, alors, ces mots m’auraient tuée.
Mais l’enfant est né ainsi, monstre, et mort né.
Petit cadavre imaginaire que je n’ai jamais vu.
Tiré de là, extirpé, et jeté.
La violence d’une naissance vaine et des mots jamais dits.
Et la douleur, aussi, et les larmes retenues…
Maudits mots.
L’enfant mâle que j’ai mal dit
Que j’ai tu
Que j’ai terré
Enterré
Un jour de mars et de refus
Je ne voulais plus de cet enfant
Alors,il me l’a bien rendu.
Depuis, je porte cet enfant fantôme
« Arthur »
Jetez la vignette et tous mes mots avec

samedi 20 janvier 2007

Girofle

J’ai ce petit éclat de clou de girofle coincé sous la dent.
J’ai poussé la porte de la pharmacie du village, et l’odeur puissante est revenue :
Celle des pansements dentaires de mon enfance.
Celle des oranges hérissons, piquetées de ces boutons floraux séchés et oubliées au chaud sur le manteau de la cheminée.

Il fait trop doux, et déjà, mimosas et camélias colorent les rues d’Angers.

J’emporte sous la dent mon éclat de girofle, amertume et violence.

Le temps ne fait pas machine arrière, et je sais bien les années à venir.
Mâchonner, mâchouiller des petits riens ressassés
Au jour le jour, construire un quotidien
Parfois des mimosas, parfois des camélias comme un éclair fragile dans un ciel trop blanc, trop lisse.

vendredi 19 janvier 2007

Etats d'âme

J’ai volé mon âme à un clown, si d’âme il s’agit, si d’âme je peux avoir. Vraiment. A moi.
Je suis qui, moi ?
Tout ce que je t’entends, au vol, je le prends.
Je l’absorbe, je l’avale, ça devient Moi.
Volcan .
Mon âme, Vésuve, à recracher toutes ces scories,
Les vôtres, vos mots, vos peines, vos pleurs, et tout ce dont je me remplis…
Clown blanc trop triste.
Au long de mes longs cernes violacées se sont vos vies qui coulent en rafale et moi, je pleure, nez rouge ; nez rouge et cheveux de neige.
Fac similé de vie, noël au balcon, lumières fausses et fausses lucioles, je ferme les yeux la lumière reste en négatif, carré noir, sur fond sombre, aveugle je deviens, à m’emplir de vos nuits, de vos chandelles, de vos cris, de vos plaintes.
Pour une nuit, laissez-moi des rires et des chants
Pour une nuit laissez-moi des soupirs et des bulles
Pour une nuit, laissez mon âme en plaine, douce et stérile.
Pour une nuit, faites silence
Paix à mon âme.
Enfin.

(Pour paroles plurielles)

jeudi 18 janvier 2007

Gier

C’est ma rivière d’enfance,
Mon pays noir et de fumées,
Mon antre sombre, lovée, cachée sous les piliers de l’autoroute A 47.
C’est mon triste petit nid calaminé,
Abandonné, déserté, tertiairisé, vidé de tout
Sans travail et sans hommes.

C’est mon pays de souvenirs
Rue Noire, le chignon blanc de ma grand-mère,
Le café fort et les voisines dans la cuisine
Les jours de marché, le miel des collines
Les manèges sur la grand-place, les jours de vogue
Et les glaces du marchand.

mercredi 17 janvier 2007

Maine

Je ne vais pas vous dire que mes pluies
Sont des larmes
Que le vent ce matin n’a pas lavé le ciel
C’est de saison
Et comme mollement la Maine
Déborde,
Les arbres se baignent
Et moi
Je me noie
Dans l’utile et l’usuel
L’usage et le ménage.
Petits instants en creux
Assoupie
Je n’ose regarder en face mon crayon
Sa colère le ronge par les deux bouts :
En échardes
Il se glisse sous ma peau.
Même pas mal…

(photo Louise)

mardi 16 janvier 2007

Le grand saut


Rien. Plus jamais rien ne sera comme avant. Je ne sais pas trop comment c’est arrivé.

Il y a avant. Avant, j’assurais bien mes prises.
Mesurais mes vertiges.
Au bord du vide, je frissonnais,
Et du simple frisson me délectais.

Il y a après. Après, j’ai lâché prise.
Des quatre points d’ancrage
Tous ensembles
J’ai tout lâché

Le grand saut.

Longtemps, j’ai cru tomber, et puis, il y a eu comme un sursaut,
Un rebond
J’ai du m’envoler
Je ne sais pas …

Je suis tout là-haut, désormais. Je les vois pourtant pleurer.
Me chercher sous la terre
Je suis bien pourtant, et léger
Détaché de mes mousquetons

Riez plutôt, laissez sonner les cloches, et faites taire le bourdon !

Une bulle
Flottant
Absent
A moi-même enfin présent.

(Pour les impromtus littéraires)

lundi 15 janvier 2007

Et puis, griller les feux…


Dehors, il pleut. Soudain la ville est sombre. Elle a posé sa tête à l’abandon, sur la vitre du pick-up, installée côté passager, et lui, il conduit. Maintenant, elle pleure.Ils rentrent à la maison.

Couper.
Pas déchirer.

J’ai trop souvent attendu les feux verts pour démarrer.

C’est de l’amour, tu crois, ou bien c’est du désir ?
L’immense désir pour ces instants perdus à s’habiter enfin …
Un bain chaud, quelques bougies, la musique envahissant la simple cuisine, l’été trop chaud et la robe de mariée…

C’est salissant, les robes de mariées…

Alors, je passe au rouge, il est temps, encore.
Il est toujours temps.

dimanche 14 janvier 2007

Araignée

C’est sur le fil que tiennent,
A l’aube,
Les gouttes de rosée
Et si le vent ne se lève pas, soudain,
Si la tempête …
N’y touche pas, surtout
Au moindre effleurement
De te main d’enfant
Les fils cassent et les gouttes éclatent
En eau courante

Araignée du matin,
Chagrin.

C’est sur le fil que tiennent,
A l’orée de notre histoire,
Les bulles irisées,
Si le vent ne souffle pas, soudain,
Si la tempête …
N’y touche pas, surtout.
D’autres matins viendront
Et d’autres étoiles fragiles,
Sur des toiles tissées de neuf
Et de petits liens ténus.

Araignée du soir,
Espoir.


(photo Camille-Nina)

samedi 13 janvier 2007

Les jours de suie et de brouillard.

Velléitaire, je dis, moi, les jours ou je ne m’aime vraiment plus.
Les matins en creux à regarder mes mains, mes pieds
Comme s’ils étaient à d’autres, étrangers
Les aubes où j’ai dix ans, encore, et survis dans le refus.

Des hommes debout, je ne vois plus que la route
Et la noire absence de destin
Un jour encore, et puis, nous serons un autre demain

Et tous ceux qui de charme et de rires voudraient emplir nos doutes,
Guignols désarticulés et pantins grimaçants.

J’aime mes mots noirs, les jours de suie et de brouillard.

vendredi 12 janvier 2007

L'albatros

Je suis un génie … et je suis modeste.

C’est que tous les mots que je prononce, avant, ils n’existaient pas.
Ils viennent à moi, je les invente, et vous n’en savez rien.
Ensuite, vous les prenez comme s’ils étaient à vous ; mais, les mots, c’est moi qui les invente.

C’est pas la peine de vous marrer, je suis un génie et vous en savez rien.

En plus, je suis vraiment modeste.
Je vous dis rien et je vous laisse croire que vous savez les mots.
En fait, c’est moi qui les invente, vos mots.

C’est pas la peine de vous fendre la poire, je suis un génie, c’est tout.

Avant j’étais un ange, avec des ailes et tout.
Pour venir jusqu’à vous, j’ai du les couper mes ailes, c’est tout.
Maintenant, je marche de travers, forcément, elles me manquent !

C’est pas la peine de rigoler, j’étais un ange, je vous dis, et vous en savez rien.

D’accord, je marche de guingois, comme l’albatros, j’suis un géant

Je l’ai appris à l’école cette poésie mais,
C’est moi qui ait inventé tous ces mots alors … il s’est juste servi, le poète !

C’est pas la peine de vous bidonner comme ça, vous êtes que des jaloux !

(pour Paroles Plurielles)

jeudi 11 janvier 2007

Strass

Parce que nous parlons d’eux comme s’ils étaient devenus nous.
Et que nous oublions alors de faire silence
Pace que nous parlons trop, trop vite, et trop fort
C’est juste s’enivrer, jusqu’à la lie
Ne plus penser
Faire comme si
A nouveau le silence nous fait peur
Nous sommes comme un vieux couple déjà
A partager le mauvais quotidien
Entre nos doigts, on laisse filer l’essentiel
Les petits mots
Qui disent les grandes peines
Fermer la porte
Ne pas se retourner
Revenir au « vous »
Aux mots rares
Mais précieux

(photo : Fabrice)

mercredi 10 janvier 2007

Paris s’éveille

Ebahie, un peu sonnée
Le corps en désordre et
La tête à l’envers
Il fait nuit noire encore
Les chiffres rouges marquent cinq heures
Paris s’éveille
Et j’ai perdu mon rêve
Il n’en reste que le souvenir
Encore trop vif
On ne meurt jamais
On se réveille avant
C’était un rêve trop grand
Et tes mains, et ta bouche,
M’imposant le silence
M’ont laissée, seule, dans la nuit,
Noire.

mardi 9 janvier 2007

Goutte à goutte

Comme, une à une,
Je regarde
Ces fleurs de cimetière
Poudrer d’or brun
Le dos de mes mains
Et ainsi, le temps s’écoule
Mèche à mèche,
Parsemant de filant mercure
Le noir de mes cheveux
En sillon
Les rides et les larmes
Séchées
Jusqu’où vont les flots ?
En paix liquide
A l’embouchure
Où se vident nos mondes.

lundi 8 janvier 2007

Une mer, un océan

J’ai les lèvres sèches, et la peau tellement aussi
Repliée dans l’oubli
Mais si ta main touche ma nuque
Alors, tous les chemins me reviennent
L’eau perle par tous les pores
Et je ne suis qu’une mer, un océan …
La peur n’est rien.
C’est l’urgence qui me tient,
La violence et les écueils
C’est le désir
Et tout jeter par-dessus bord
Pour un instant d’éternité
Un seul moment sans exister
N’être plus rien qu’une mer, un océan,
Un chant liquide.

dimanche 7 janvier 2007

De la terre sous les ongles

J’ai de la terre sous les ongles,
Comme toi, comme tous
A gratter nos cadavres
A retourner nos mensonges, nos omissions.
Je veux nager hors des eaux troubles
En eau vive
M’envoler
M’en laver les mains
Sortir des limbes et des brumes
Couper mes ongles
A ras
Laisser mes morts en paix
Dans la quiétude du souvenir.

(une nouvelle reprise...)

samedi 6 janvier 2007

Lapsus Calami

Parfois, mes doigts glissent sur le clavier
Ou tu me demandes des « s » et des pluriels,
Des mains, des yeux, des bouches
Ma main, elle,
Pourrait oublier de doubler la consonne
Et d’un baiser
Faire un brasier…

vendredi 5 janvier 2007

Bulle

La nuit était simplement belle,
Et froide
Au coin de la rue, les braseros,
Marrons chauds
Et tout au long du chemin,
Là-haut
Les lumières, blanches et bleues.

Comme des gosses.

Des éclats de rire,
Bien au chaud
Devant la grande cheminée,
Un verre de viognier
Sur le talus quelques vagues plaques de neige,
Jaunies
Mais de la neige, c’est déjà ça…

Et puis, le vent d’ouest s’est levé.

Phare ouest,
En emportant ma bulle,
Dispersée en éclats irisés
Des souvenirs
Du doux du tendre et du plaisir
Où êtes-vous ?
Dans les neiges d’antan.

(petit clin d'oeil à Caro, en passant...)

jeudi 4 janvier 2007

L’annonce faite aux enfants

Elle s’est tournée, face au mur, résolument, dos à la scène.
On n’a pas besoin de se voir pour parler, lâche-t-elle rageusement, dents serrées.
C’est vrai, princesse, on n’a pas besoin de se voir pour parler…
Tu caches tes doutes et tes rages et les confies à ce grand mur blanc. A tes parents, tu présentes ton dos tourné, ostensiblement.
Petit prince, lui, est campé, droit debout, fier et stable au milieu du salon.
Et c’est qui qui va partir, alors ? C’est papa ou c’est maman ? On ne va pas changer d’école quand même, dis ?
Que nous sommes petits soudain, et comme ils sont grands, nos petits …
Et puis, la vie reprend son cours, comme si de rien, comme si presque rien …
Une légère vague,
Un souffle de vent,
Et tant de calme,
Soudain.

mercredi 3 janvier 2007

L’ange des aulnes

Alors, j’ai ouvert mes deux mains,
Paumes offertes au fragile soleil
J’ai laissé entrer la lumière
Entre mes yeux de chat
Etendue sur le sol
Là où la terre est chaude, encore.

J’ai bercé mes espoirs
Lentement
Pas à pas
En chemin j’ai semé quelques doutes
En poussière d’étoiles
Ils se sont dispersés

Eclats d’avril
Dans le ciel d’hiver…
Sur le gris du lac
Les silhouettes noires des aulnes penchés
Au loin les neiges rougies
Des plus haut sommets…

Apaisée
En paix douce et tendre quiétude
L’ange des aulnes
Blotti dans le gui
A rejoint les étoiles
Je me suis endormie.

mardi 2 janvier 2007

L'essentiel, disiez-vous ...

N’écrire que l’essentiel et jeter tous les mots.
L’essentiel au plus enfoui de nos peurs archaïques.
Enfin regarder ce que l’on fuit,
Les images qui menacent
Et les sombres présages.
La nuit : plonger.
Au plus noir, au plus fuyant,
Des rails.
Des rails à l’infini
Qui se croisent et s’enchevêtrent en de longs tunnels
Et des aiguillages rouillés…

Il fait si beau ce matin, pourtant.

lundi 1 janvier 2007

Le mur

Si mes silences se creusent, c’est de tout ce qu’ils contiennent
De vertiges et de peurs
Et ce désir étourdissant
A vouloir attraper le mot juste
Alors
Les murs s’érigent
Pierre à pierre
Et de là-haut, soudain
J’entends les cris qui montent de la foule
Les voix
Il faut chercher encore
Sinon se taire