Sur nos mouchoirs roulés au fond de nos poches trainaient nos rancœurs, nos larmes et notre morve mais aussi la poussière des cours d’école. Si tu me prouves que t’as saigné du nez, je te file un Coco Boer.Toi, t’étais seule et plutôt sauvage en plus tu ne saignais même pas du nez.
Collée bien à plat au goudron de la cour, aplatie au plus près des graviers poussiéreux, tu jetais ton regard sous le portail de bois plein de la cour.
Tu voyais s’estomper les talons de ta mère, et, dans la cour de l’école, aplatie sur le sol, tu étais vraiment seule.
Alors, tu finissais par redresser ta jeune carcasse et sortir de ta poche le mouchoir de tissu.
Du sang ? Des saignements de nez pour un Coco Boer.
Quelque croute grattée sur le coin de ton coude ferait bien l’affaire…
Pour qu’une main se tende, Coco Boer ou pas.
Echec du subterfuge. Le rire des enfants sous les cloches de l’église.
Tu reprenais ton mouchoir trop peu teinté de sang pour le dévorer nerveusement, roulé, froissé, remis dans la poche avec rage. Tempête.
Mémé, son mouchoir, il était toujours bien plié en quatre et glissé discrètement sous la manche gauche de son chemisier, serré tout contre la veine de son poignet.
A la sortie de l’école, elle viendrait te chercher, et puis, vous passeriez à la boulangerie du coin, donner 5 centimes contre un Coco Boer. Un rouge. Rouge sang aux reflets métalliques. Le chemin du retour la langue profondément plongée dans la poudre anisée jusqu’à l’en couper contre les bords arrondis de la petite boite.
Des autres, on s’en fout, le nez dans un Coco Boer.















