vendredi 31 août 2007

L'herbe verte...

Il n’y a pas de vide sous nos pieds, quand tu m’embrasses. A la fin, tous les hommes finissent par avoir les oreilles décollées, des poils dans le nez, des mots déplacés, des idées creuses. Je le sais bien. Toi, comme les autres. Encore un peu, je fais semblant. Mais tu sais, déjà, dès le départ, je le savais. Pourtant je joue. Je joue encore. Je ne peux pas m’empêcher de jouer encore. De vouloir faire semblant d’y croire. Le pire c’est que j’y crois encore. Vraiment. Dans les moments d’avant. Ceux ou tu peux encore rêver l’histoire. Inventer des vertiges et des sols qui s’écroulent sous tes pieds.

Ailleurs, je connais un homme qui ne viendra jamais. Il chante Malbroucke s’en va en guerre les deux pieds bien campés dans ses hautes terres. La trinité se passe et Malbroucke rêve encore des beaux voyages qu’il fera demain. Il est celui là même qui toute sa vie songe à prendre à pied le chemin de Compostelle. Il dessine des cartes et des chemins herbeux. Désire la chaleur du soleil sur sa peau, le vent d’Ouest dans ses cheveux. Le pire, c’est qu’il y croit encore. Vraiment. Dans ces moments d’avant. Pourtant, il sait qu’il ne partira pas. Jamais. Parce que son rêve est encore le plus beau des voyages. Parce qu’au fond, il n’y a rien de mieux là-bas ; rien de mieux qu’au fond de son jardin sauvage, digitales et herbes folles.

vendredi 24 août 2007

Dans les bras de Morphine.

La nuit crie. Dans l’encre noire que baigne l’océan rageur, la nuit hurle, hulule, gémit, craque et menace. Dès que le jour chavire et sombre, haubans déliés, la nuit grogne, rauque et enrouée.
Je tombe dans un sommeil sans fond. Puits d’absence lourd et gras. Mais trop tôt les cris de la nuit percent ma bulle. Naufragé, hagard, et désorienté, ma vue trouble s’accroche au faîtage mouvant. Cathédrale vert bouteille balancée au gré du vent salé. Le tonnerre des vagues et la rage de l’écume. Rochers noirs. Et sur ma tête, la charpente élancée marque l’entrée d’un tipi, d’une tente nomade enfumée. Je dois dormir sur la plage sans doute …
Et la douleur en vrille continue, à gauche accrochée, vissée profond. Cruciforme en crâne en compote. Les mains pressées sur les oreilles, vomir.
Mais que la nuit se taise et le silence enfin !

mercredi 8 août 2007

Serpent, bitume, j'enrage.

Les brumes de chaleur en halos vaporeux, alcoolisés, rendent mouvant le bitume. Au loin, le chemin danse, ma route vacille. Et toujours lové ce serpent d’argent enfoncé par les roues des autos dans le goudron fondu.

J’ai pas confiance en moi. J’ai pas confiance en toi. Il y a toute cette colère tapie au fond de moi. J’attends le moment qui viendra forcément : celui ou tu finiras par me trahir. Alors je crie, je tape et je menace. A coups de poing, j’enfonce les portes, je défonce les murs. J’éclate sur les parois tes relents de mauvaise foi et tes mensonges. Parce que tu mens, nécessairement.

Tu mens pour justifier ma peur et cette haine qui me bouffe jour après jour. T’es trop jolie pour moi. T’es trop parfaite pour être vraie. Je ne mérite pas autant de grâce. Faut que je casse tout ça, que je l’explose au sol comme mon poing dans une vitre. Des milliers de fissures et des fracas. Des dégâts, du bruit, du vilain. Du sonore, du violent, des tempêtes et des drames.

Tout au bout de la route alcoolisée qui danse sous mes roues ; juste après le serpent d’argent sur lequel mes pneus tressautent, il y a notre maison.

J’espère pour toi que t’es partie pour de bon. Un jour, je ne cognerai pas que dans les murs.

lundi 6 août 2007

Parti, l'ange.

Je suis petit et plutôt malingre. Vaguement vouté, aussi. Jaune de peau, le cheveu rare et filasse. J’ai toujours l’air malade et d’ailleurs, que passe la gale, elle est pour moi. Ma peau part en plaques rougeâtres et les moqueries ne font que s’accroître.

Je ne suis doué en rien. A peine moyen à l’école depuis la maternelle. Pour je ne sais trop quelle raison, j’apprends tout seul des langues vivantes. Du russe, du chinois, du n’importe quoi. Je tente l’épate avec ça ; bien sur, ça ne marche pas, et les rires fusent.

Maman continue à m’imposer ses vêtements. Chics et sobres, dit-elle. J’arrive donc le matin, au lycée, avec un pantalon gris en tergal, plis permanents ; un pull vert-bouteille et des chaussettes à losanges comme touche de fantaisie. Et par-dessus tout ça, un loden bleu-marine. On me montre du doigt en ricanant.

Evidemment, je suis toujours en décalage. A côté. Avorton disent-ils.

Mon frère, c’était autre chose. Meilleur en tout. Excellent élève, excellent fils. Et puis, grand et fort, et des yeux si clairs, et la peau si douce et mate, et d’épais cheveux dorés.

Evidemment, je ne tiens pas la comparaison. Je le sais bien. Si je l’oublie un instant, mon père se charge de me le rappeler chaque jour. C’est juste pour que je progresse, que je m’améliore, je crois…

Au lycée, ils racontent n’importe quoi. Ils inventent des histoires. Ils disent qu’il est mort d’un accident de scooter, mon frère ; ou bien encore, qu’il s’est pendu dans sa chambre.

Ben non. Il s’est juste couché un soir avec de la fièvre. Et puis, il ne s’est jamais réveillé.

Parti, l’ange.
Restait l’autre.
Moi, quoi.

samedi 4 août 2007

L'île sans papier.

Rien. Pas l’ombre d’un petit carnet, encore moins trace d’un cahier, nulle feuille volante, rien. Une île vierge de tout papier. A la vente, seulement des milliers de cartes postales, des calendriers 2008 à thème marin : phares de l’ouest, galets, bois flottés et tempêtes rugissantes.

C’est un pays sans écrits. Un pays où les vagues, chaque jour, refont le monde à neuf.

Condamnée dans le sable à graver quelques mots effacés tout à l’heure.
Condamnée dans ma tête à écrire des chapitres entiers dévorés tout à l’heure.

A la fin, un matin d’été plutôt gris, noircir l’envers de la quatrième de couverture d’un improbable roman : « si par une nuit d’hiver un voyageur ». Poursuivre ainsi la mise en abîme infernale.

Un matin d’été plutôt laiteux, regarder en bas, à travers les ombres, falaise de Locmaria, la crique turquoise et cette drôle de maison sentinelle sur la roche échouée.

Chapitre 13 : rejoindre le continent ; papier, crayon. On dirait que ce serait le titre du roman manquant du bouquin d’Italo Calvino. Tu veux bien ?