C’était la rivière de mon enfance. Sauf qu’elle avait été découverte en sombres caniveaux qui entouraient curieusement une place mal dallée. Une place grise et noire de pavés bancals entourés d’immeubles calaminés. Je ne sais pas ce que nous faisions là. Je pense que je voulais te montrer la rivière de mon enfance. Du moins, ce qu’il pouvait en rester encore. Nous avions garé la voiture dans le coin de la place et, curieusement très seul dans une ville trop silencieuse, nous marchions sur les pavés boiteux. Ce n’était pas un silence de paix. Plutôt un des ses silences lourd de menace qui précède l’orage. Comme si, derrière chacune des fenêtres aux persiennes tirées des immeubles alentour des paires d’yeux nous pistaient constamment. Je ne sais pas ce qu’il fallait craindre ici, j’attendais juste que cela se produise.
C’est toi qui, à l’opposé de la place, dans le caniveau le plus profond a trouvé les deux corps. Deux nourrissons mâles noyés au tréfonds de l’eau sombre. Têtes entourées de cellophane pour garder, roulées en boule dans leurs bouches refermées des pages d’écriture avalées. Des mots cachés là pour qu’ils soient oubliés. Roulés en boule sous des feuilles de plastique dans les bouches de celluloïd de poupons jetés au fond de la rivière-caniveau.
J’ai eu beaucoup de mal ce matin à sortir de la petite place mal pavée et de la peur suintant des immeubles anciens et de l’eau prisonnière…
Sous la verrière, le ciel est vert comme un printemps. J’essaie de relire les mots des bouches des poupons, je ne m’en souviens pas…
C’est toi qui, à l’opposé de la place, dans le caniveau le plus profond a trouvé les deux corps. Deux nourrissons mâles noyés au tréfonds de l’eau sombre. Têtes entourées de cellophane pour garder, roulées en boule dans leurs bouches refermées des pages d’écriture avalées. Des mots cachés là pour qu’ils soient oubliés. Roulés en boule sous des feuilles de plastique dans les bouches de celluloïd de poupons jetés au fond de la rivière-caniveau.
J’ai eu beaucoup de mal ce matin à sortir de la petite place mal pavée et de la peur suintant des immeubles anciens et de l’eau prisonnière…
Sous la verrière, le ciel est vert comme un printemps. J’essaie de relire les mots des bouches des poupons, je ne m’en souviens pas…



6 commentaires:
Des mots, de l'eau, ça aurait pu être une bouteille à la mer, non, dans le texte je lis le SOS avant la découverte.
atmosphère angoissante, lugubre de l'histoire, fiction j'imagine mais que de réalité dans le fond !
Ce sont des jeux de petites filles, des poupons abandonnés... c'est à cela que cela sert les poupons.
Bonjour,
je n'ai pas trouvé d'autres moyens de vous contacter et je m'excuse pour ce commentaire. En effet, j'ai remarqué les qualités de votre blog et de vos articles sur outreterre.blogspot.com. J'aimerais donc vous faire découvrir Paperblog, un nouveau service dont la mission est d'identifier les meilleurs articles issus des blogs. Pour vous faire une idée de Paperblog, je vous invite à vous rendre sur http://www.paperblog.fr. N'hésitez pas à m'envoyer un mail pour plus de précisions. Bien cordialement, Céline
Glaçant...
Céline : j'ai rajouté un lien mel ce qui devrait résoudre le problème du contact à l'avenir!
Mélody, Marie, Oyez, Malhaut : de l'eau glacée et des poupons gelés c'est de saison :-)
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