Je me souviens de villes multiples et d’odeurs mêlées, de faubourgs qui s’égarent et de croisées de chemins. De l’âme des villes. De leur façon de vivre. Nonchalantes. Electriques. D’eau ou bien d’acier, de monts et de vals. J’arpente chaque jour une rue de mémoire ramenée là par un je ne sais quoi de passage, une odeur, une idée, l’éclat d’un bris de lumière dans le carreau d’une vitre, un souffle de vent, la voix d’un homme ou le velours furtif d’un chat…Je me souviens de celle-ci, violette surannée, vieille dame poudrée, exhalaisons de souffre entre lac et montagnes. Mélancolique pastel de la barque romantique oubliée près de la grotte d’Elvire phtisique … de quoi se suicider à chaque nouvel automne sur les eaux devenues bien trop sombres et le noir des sommets attendant encore les premières neiges.
D’autres exsudaient l’acier et les rouges fumées. Aux façades calaminées répondaient les sirènes des usines. Poussières de chimie, poudres blanches et colorées au long des rails de chemin de fer, étincelles de métal, tintement joyeux de la cloche du tramway.
Celle-ci encore, qui surgit parfois dans les vapeurs de pétrole et l’âcreté de l’aspirine du Rhône. Lumières. Reflets. Braséros. Et les deux fleuves à la fin qui charrient leurs espoirs vers le midi de la France.
Ici, l’eau mollement déborde. Envahit lentement mais toujours avec une grande constance des plaines qui s’y attendent. Rituellement. Balzacienne bien mieux que Tours. Eloignée du fleuve pour se lover contre un affluent mineur, bien à l’abri des regards, sous les remparts schisteux d’un château pâté de sable sorti intact de toutes les révolutions et guerres de sa longue histoire.
C’est étrange. On dirait parfois que les villes façonnent leurs habitants bien mieux que le contraire…


3 commentaires:
Et l'Isère, qui se prélasse sur les flancs de Belledonne, participe à ce cortège d'alluvions balzaciens ;)
ah si je savais aussi bien parler de la mienne !
Trotter : l'isère c'est autre chose. j'aurais pu aussi dire l'odeur de biscuit dans les nuits glaciales de la ville prises entre fleuves et montagnes, tellement à l'étroit qu'elle ne sait plus ou s'étendre davantage... mais, là-bas, je tire au flanc alors ...
Marie : tente.
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