A part que je l’ai tué, j’étais bien comme parent. Je veux dire, j’ai toujours tout bien fait comme ils disent dans Parents magazine. Voyez, déjà, à la maison, le frigo il est toujours plein. C’est important dans une famille, ça, d’avoir un frigo bien rempli. Et puis, j’y ai pas mis que du coca et des kinder bueno, dans le frigo. Y’avait des fruits aussi et puis des légumes, bien comme il faut. Aussi, le petit, il était toujours bien habillé. Même que j’ai pas des masses de pognon, je me suis toujours débrouillée pour qu’il soit habillé correct, le petit. Et puis, qu’il soit propre aussi. Ses habits propres et lui, bien propre aussi. Tout les soirs, je le mettais au bain, tout comme il faut. J’ai toujours fait bien attention aux horaires aussi. Les biberons toutes les quatre heures avant, et puis, la sieste après manger et le soir, au lit à 8 heures, jamais plus tard. De toutes façons, après, il y a son père qui rentrait, et alors, comme ça, c’était bien. Le petit était couché, et tout était bien propre et bien rangé. Alors, on pouvait avoir du temps pour nous. C’était bien comme ça. Enfin bon, vous voyez, quoi, j’ai fait tout comme il faut et j’étais bien comme parent, à part que je l’ai tué, c’est sûr, mais bon, sinon, j’étais bien comme parent.Ce qu’il y a c’est que ce soir là, j’ai pas réussi à le coucher. Ça faisait des heures qu’il braillait. Moi, je voyais l’heure tourner et le moment ou son père allait rentrer à la maison. C’était pas bien ce jour là comme ça, y’a tout qui allait de travers. Au bout d’un moment, ça a fini par m’étouffer. Je pouvais plus respirer. J’ai pensé que j’étouffais, pour de vrai. Alors, je sais pas, j’ai attrapé l’oreiller et je l’ai fait taire. Après j’ai pu respirer de nouveau. Voilà, c’est tout ce qu’il y a à raconter. Vous voyez, quand-même je me dis toujours ça : c’est qu’à part que je l’ai tué j’étais bien comme parent.


9 commentaires:
Bord de Mer - Véronique OLMI
C'est un bouquin ? je ne connais pas, je vais chercher...
réminiscences professionnelles, oui c'est tout à fait ça ! frissons...
Marie : je n'entends pas tout à fait les mêmes mots au boulot, mais, c'est assez facile d'extrapoler ...ce sont les mêmes femmes et les mêmes hommes toujours...
je ne comprends pas de quoi tu parles
Un enfant pleure très fort et si je m'approche de lui pour le bercer je redeviens l'enfant qu'on a abandonné et je pleure avec lui. je m'éloigne le plus possible de lui et comme c'est justement l'enfant en moi qui fait de moi l'humain, je me vide de toute humanité et je l'étouffe pour ne pas entendre la douleur de l'enfant dedans moi... et aussi parce qu'il souffre trop. sauf que c'est mieux dit et qu'on peut comprendre autrement.
Plus qu'au livre "bord de mer" de Véronique Olmi, je pense au livre de Laurence Tardieu "Le jugement de léa" (Arléa).
Gabriel : je vais chercher là encore, parce que, celui-ci non plus, je ne le connais pas ...
Ces événements surviennent, c'est même assez courant.
Accent Grave
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