
Beauseigne. T’as qu’à pas trop t’occuper de ce qui se dit autour de toi. Laisser les autres agités du bocage. Faire des vagues sur la Maine c’est bien trop facile. Suffit d’un léger vent d’ouest pour plisser la surface. Sur les quais de la Garonne, l’eau fait miroir. Et le soleil donne. Sur les rives de l’Isère veillent les montagnes plus hautes. Les berges sont caillouteuses et les eaux bousculées. On les imagine forcément fraiches. Peut-être même à t’enserrer les chevilles dans un étau. Pareil pour l’océan d’avril sur les plages de Saint Malo. Brises-vagues, face à la mer. Hauts plantés dans le sable. Plus au Nord, les mêmes pieux dans le même sable, le même gris, les mêmes vents. Beauseigne, il faut toujours vivre ailleurs. En ville. Au boulot. Tous les matins pont de Basse-Chaîne croiser les égarés. Les enfants cartable au dos, les vieux qui traînent, les mères en caddys, les ados pas finis, les édentés, les beaux et les moches, et 222 noyés sous ce pont en 1850 quand il s’effondre. On ne saura jamais si les ponts croulent sous le poids de la marche au pas du bataillon. C’était peut-être la tempête. Les hommes se noient ou s’empalent sur leur baïonnette. Peu se sauvent. Beauseigne. Ils meurent ailleurs. En ville. Dans des eaux plus calmes que celles de leur enfance, ou plus chaudes, toujours étranges. T’as qu’à pas trop t’occuper de ce qui se passe autour de toi. Parler ta langue. Celle des taillons de mandarine et des enfants tout mouillés de chaud. Le matin, ouvrir les fenêtres, aérer les lits, sentir s’évaporer l’odeur si douce des nuits d’enfance…
6 commentaires:
Un hortensia bleu, des fenêtres à petits carreaux, les arums blancs immaculés, et deux chambres à l'étages où dorment 3 petits anges dont une camille. Quelle est douce cette odeur d'enfance!!!
Toujours aussi douée pour la plume, décidemment quoi de plus évident!
Tendres pensées du finistère nord fouettés par les vents et les marées et d'une légende celte un peu désoeuvrée!!!!
Oh, que je suis heureuse de te lire! tu sais, ici aussi, les hortensias sont bleus (c'est à cause de l'ardoise)... J'ai traîné ce printemps Nathalie sur les plages de saint malo ... on a pensé que tu n'étais peut-être pas si loin ... il y a un lien mail sur mon blog, si tu veux ...
Tu peins.... le soucis du détail, de cette intonation juste, de l'instant vrai.... à la fin le tableau se dresse, édifiant, terrifiant parfois. Mais pourquoi n'ouvres tu pas la plaie ? Fonce, découpe, révèle, crie aussi, nous verrons les tripes, l'acteur contre le narrateur, ton talent à l'épreuve
Ci sei ?
et quand l'enfance s'en sera allée, restera -t-il encore quelque chose de véridique?
Saint-Malo... J'y ai mes entrées non ?
sont chouettes, tes textes... je t'ai retrouvée en courant derriére un lien qui faisait le pitre sur un blog ;)!
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