jeudi 3 juillet 2008

Sauterelle du matin.

Trottoir suivant.

Toujours à dix pas en arrière, je dois courir plutôt que de marcher. Il n’y a pourtant rien à faire, jamais je ne la rattrape. Je cours encore dix mètres. Je sautille. Je cours encore. Je serre de ma main droite contre mon épaule la bretelle de mon cartable. Mon cartable glisse toujours de mes épaules à devoir sautiller ainsi.

Passage clouté. La tête à gauche, la tête à droite. Traverser.

Devant moi elle s’est arrêtée mais le temps que je la rejoigne elle traverse déjà. Zip zap la tête des deux côtés sans regarder ou presque il faut déjà que je traverse.

Trottoir suivant.

On passe sous les arbres du parc. Les pétales roses des arbustes indolents caressent mes cheveux. Devant, d’un bras agacé, elle écarte les branches. Les repousse. Elle avance. Moi, il faut encore que je coure. Je sautille. Je cours encore. Je retiens de la main la lanière de mon sac qui glisse de mon épaule.

Le soleil donne déjà ce matin. Demain c’est les vacances. Je n’aurai plus cette année à courir derrière elle. Elle est jolie à dix pas devant moi. On a les mêmes cheveux blonds et la même couleur de peau. Toutes les deux pas plus épaisses que des sauterelles. Et hop sauterelle, sautille encore. Je cours un peu. La bretelle glisse. Il est encore trop lourd ce cartable. Elle devant moi, le sac à dos tout léger.

Dernier trottoir avant l’école. Elle passera devant le portail sans s’arrêter. Je vais rentrer dans la cour. De loin, lui faire un geste de la main. Elle ne va pas se retourner. S’enfuir déjà. Blonde et fine jusqu’à l’arrêt de bus ou l’attendent ses copines. Elle est jolie, ma grande sœur. J’aimerais bien qu’elle m’aime un peu.

5 commentaires:

Grégoire a dit…

Oooh le pauvre loulou... Il existe en vrai pour que je puisse le consoler ? Ah merde, je suis tout attendri, là.

Elvire a dit…

Chi lo sà ? dans mon crâne a minima, encore un truc spongieux ...

BT a dit…

;)

© Gabriel Arnaud a dit…

Comme j'aurai voulu avoir une grande sœur ! Mais j'étais le grand frère et c'est moi qui courais devant mes sœurs (je crois que je les aimais un peu)
Très beau texte Elvire

Malhaut a dit…

Un peu qu'il existe le petit chéri. J'ai même au bout des doigts le doux-rugueux de ses cheveux blonds, et au fond des yeux, ses petites fossettes.