Dis-moi si t’as perdu ta langue ou bien si c’est le chat ?T’as faim encore. T’entends sans cesse la voix qui te dit de manger ta main. De garder l’autre pour demain. Alors tu chemines ventre creux. Ventre en creux. Parce que c’est ainsi qu’on arrondi les angles. Sinon on se cogne dedans sans cesse.
On n’aurait fait que fuir. On aurait dit « pouce », hors jeux, hors rêve et garder la ligne droite. Marin d’eau douce. Pieds au rivage. Vissé là. Rivé. Joli pompon, note-le-bien...
On pourrait encore faire semblant parfois. Jouer à se faire peur. Prendre le large pour quelques heures. A quelques encablures de l’océan l’otarie remontée dans la Maine. Par erreur. Peut-être pas si mal en eau douce en fin de compte. Ou bien trop loin des océans pour songer à faire demi-tour. Va savoir : blanc manteau…
Tu parles. Les creux se remplissent à coup d’images. Des images d’Epinal. Du kitsch à la Koons, des guirlandes lumineuses et des photos de Pierre et Gilles. Ça donne au dehors l’impression d’être au-delà. Faire le malin.
J’entre en silence dans un bouquin très lourd et très long. Un livre de train qui chemine comme on parle. Sans points ni suspension. Zone ça s’appelle comme bergère ô tour Eiffel. Ensuite je mélange tout. Le ciel par-dessus les toits et la lune comme point sur un « i ».
Il ne me reste pas grand-chose. Des mots, des expressions, des « je me souviens » comme des strates accumulées. Il me reste surtout ce que je ne dis pas. Ce que je tais. Ce que je n’ose dire.
As-tu déjà pensé à tout ce que tu lirais de sombre dans la tête de ton voisin ? Et dans la mienne, de tête ? A tout les crimes. A toutes les larmes. A toutes les hontes. Les humiliations. Les peurs surtout. Alors au final la peur partagée comme chape de plomb. Immobile et pesante.
Je suis là, en eau douce. Je suppose qu’il y a trop longtemps que j’ai perdu le goût du reste.
Ma langue, je l’ai donnée au chat.
2 commentaires:
Ça commence en légèreté : belle salade de fin d'été, rien ne dépasse trop, tout s'harmonise au sourire du lecteur... et ça vire. Je ne sais pas trop où, je devine juste l'interdit d'être heureuse.
Oui, j'ai beaucoup pensé aux idées de mon voisin et aux tiennes aussi, mais jamais je n'ai réussi à panser ces maux...
Pardon.
Bah ... pardon sans cesse sans fin: on n'y parvient jamais. Effaçons. Essayons autrement! laisse couler les minutes qui doivent couler. Ce ne sont que des instants. La pluie sous les bâches, c'est plus joli. C'est joli parce que c'est rare aussi. Faut pas rêver...
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