dimanche 12 octobre 2008

Pensée magique

J’ai posé les bougeoirs en symétrie. Bien alignés, chacun à son bout d’enfilade. J’ai tendu sur le mur trop blanc une toile trop rouge.
J’ai rangé côte à côte sur les étagères de la bibliothèque de bois blond les livres par éditeurs. Puis par ordre alphabétique d’auteur. D'abord le nom, puis le prénom.
J’ai serré par dégradé de couleurs les petits animaux en verre de Murano sur les rayonnages, devant la lignée des éditions de l’Olivier. Ça donne un air un de bêtes sauvages sur un fond de forêt noire. J’ai collé face à face, sur deux murs opposés, à la même hauteur, deux biches désuètes au petit point de croix. Leurs grands yeux bleus se font écho. Sur la longue étagère grise de la cuisine, qui semble au mur flotter, j’ai disposé à chaque extrémité un petit pichet à lait en barbotine. A droite, j’ai mis celui au décor de pivoine, à gauche, les violettes.
J’ai à peine entendu les rires des enfants dans la rue, ni démarrer sans cesse les voitures au feu d’en bas. Pourtant, le soleil a tapé toute la journée comme pour un long dimanche d’été. Aux fenêtres ouvertes, mes rideaux blancs (les mêmes à l’est répondent à ceux de l’ouest : je vis dans un grand appartement traversant), les rideaux blancs claquent comme des voiles. J’ai fini de passer le chiffon à poussière. J’ai brulé dans une coupelle de verre quelques bâtons d’encens. J’ai fini par m’asseoir.
Tu n’es pas revenu.
L’eau qui coule de mes yeux s’échappe malgré moi.
Comme la nuit tombera bientôt, je ferme les fenêtres.
Je sors une assiette et un verre. Des couverts.
J'allume la radio.
J’ai mis sur le grand lit une couette de lin grège. A droite et à gauche, deux grands oreillers de plume. C’est plus pratique, pour lire au lit, deux oreillers…

3 commentaires:

Malhaut a dit…

Le livre aussi c'est bien pratique quand on a deux oreillers dans un appartement traversé :)

Muse a dit…

de grands rangements entrecoupés de lecture, c'est aussi ce que je fais quand je ne conduis pas!

Elvire a dit…

Conduire, Muse, je pourrais raconter ça peut-être un jour... conduire comme dans un rêve, vers le sud ou l'ocean, conduire tout droit, en colère et des cris pleins la gorge, conduire vers rien, mais conduire quand même...