mercredi 6 février 2008

Résurgence


Cet homme là a connu les endroits ou j’ai aimé vivre. Il glisse ça comme ça, sans importance, petites anecdotes furtives dans les petites touches qui construisent son portrait. De lui, c’est tout ce que je retiens. Je le retiens, je l’attrape, je dévide le fil qui de lui me ramène à vous, là-bas.
Il a vécu là-bas avant que je n’y vive. Il me parle maintenant de vous qu’il a connus avant. Il me parle de vous qu’il aime et qu’il respecte.
Alors, soudain, les temps changent.
Le soleil déchire enfin les sempiternelles brumes d’occident.
Trois petits détails d’ailleurs, il me semble déjà le connaître très bien. Le partager. Partager ce fil tendu vers l’orient derrière moi.
Alors soudain, je ne suis plus seule parce qu’un parle le même langage que le mien. Enfin, les mêmes mots, les mêmes images. En deux anecdotes que nul autre que moi ne saisit autour de la table, il brise mon altérité. Conforme à nouveau. Mon monde revenu.
Je ne sais pas si j’ose y croire, encore.
Je pose en rentrant chez moi sur la table un premier bouquet de jonquilles. Vois-tu, elles sont chaque année nouvelles, les jonquilles, et leur jaune chaque année triomphant. Je n’ai pas envie de renoncer. Les peaux, même vieilles, ne sont jamais grises, elles parlent encore et toujours à qui elles doivent parler. Comme pour tisser des liens qui jamais ne s’oublient.
Quelqu’un quelque part et cette part de rêve : une envie de combat.

lundi 4 février 2008

Une femme, n'importe laquelle.

Ça fait sur la peau comme un soleil blanc et froid. Un de ces soleils de février blême à l’entredeux de nuages déchiquetés comme boules de coton filasse. Un soleil Canada Dry dont il faudrait bien savoir se contenter.
Sa peau sur ma peau, ça fait comme un soleil froid. Une tromperie. Un ersatz.
Une femme, n’importe laquelle. La mienne, cependant.

Ça fait sur la peau comme un soleil blanc et froid. Un sentiment d’abandon. Comme on se réveille un matin en se disant qu’on est une femme, n’importe laquelle. Qu’on tient encore un rôle, celui de remplir, probablement.

C’est que nos mères se sont si bien occupées de nous. Devançant nos désirs, construisant nos futurs. Comme pour se faire pardonner de n’être qu’une femme, n’importe laquelle. Faire face à une maison vide, à une chambre vide ? Autant pianoter sur le net, rayon mystic pour trouver la suivante. Une femme, n’importe laquelle. Qui tienne encore la vie qui reste.

C’est que nos mères nous ont menti. Elles n’ont pas su dire la vieillesse qui enfonce . Les errances des vieux garçons qui toujours cherchent leurs mères. Inconditionnelles. Eperdues...
Et perdues.

Ça fait sur la peau comme un soleil blanc et froid. C’est que la peau, épaissie, ne sent plus la chaleur. Qu’il faut d’urgence, contre un mur blanc, coller son dos, fermer les yeux, retrouver le soleil, seule.

La vie en pente douce.
Les océans de vide.