dimanche 10 octobre 2010

32 décembre.

L’été indien c’est juste ce truc improbable auquel personne ne fait même semblant de croire. Te marre pas. C’est pas une aquarelle de Marie Laurencin mais ça y ressemble : t’as déjà vu une aquarelle de Marie Laurencin, toi ? Ben non, comme tout le monde. T’as l’air, pas la chanson. L’été indien c’est qu’une scie du temps que t’étais môme et ta mère en peignoir boulocheux qui chantonne en épluchant des patates au dessus de la paillasse de l’évier. ( Comme elle avait passé la matinée à faire le ménage, ta mère, elle avait toujours les poches de son peignoir pleines de trucs et de bidules cassés ramassés au long des chambres. En chantonnant les aquarelles de Marie Laurencin, elle vidait ses poches dans le vide-ordures.)

N’empêche : 10 octobre et il fait plus chaud qu’un juillet en Anjou. Seulement, c’est un été qui sent déjà la mort. C’est ce qui fait la différence avec les vrais juillets, tu captes ? Ce qui fait la différence c’est l’odeur de fané, de vaguement talé. L’été indien est un faux-frère qui t’attend au tournant du dimanche avec ses couteaux de gel et ses seaux de pluie froide.

Vas-y, profite ! Tu sais que ça ne durera pas plus que durent les roses. A part qu’elles gèlent parfois sur les bois noirs, les roses…

(Comment tu fais pour profiter de ce qui va mourir alors que tu sais que ça va mourir, ça, tu me l’expliques –moi, j’ai jamais su-)

Et c’est du pareil au même pour tout.

L’année, meurt le 31 décembre. Tu peux toujours jouer le philosophe et me rajouter un 32 comme qui dirait treize à la douzaine, remarque.

Ça me fera un été indien. Un truc idiot sucré doucement à chantonner genre berceuse. Un bout de rallonge à deux francs six sous qui se donne des airs.

Une putain d’aquarelle de Marie Laurencin.

Du vinaigre pour attraper les mouches.

(et avec quoi on les attrape les mouches à part le papier collant qui tourne en spirale au dessus de la table de salle à manger ?)

Enfin, bon, voilà. 32 décembre, tu parles d’un sujet… t’as pas autre chose ? On pourrait causer de nos pays, tiens, si tu veux, non ?

1 commentaires:

A-none a dit…

Le 31 c'est bien, la même odeur de fanée que l'été indien, qui suffit amplement à son temps...