lundi 18 avril 2011

lundi ...

On a tous les mains serrées autour de nos tasses de café, un lundi comme les autres, avec ce même rituel de reprise.

La conversation démarre difficilement, comme à regrets. Regrets de laisser derrière soi les activités du dimanche, les souvenirs de balade ou les surprises du retour du fils qu’on n’attendait pas si tôt.

De souvenir en souvenir, la conversation s’emballe quand Suzie déroule ses années de prime jeunesse de son accent méridional encore bien présent. Elle est trop jeune pour bien se souvenir de Malpasset mais tout de même.

C’est comme l’accident d’ici, en 55. Je crois que c’est près de 90 morts qu’il a fait, l’accident. Ici, tout le monde en parle encore.

Je ne sais pas, je ne suis pas d’ici, je suis toujours une étrangère. Je veux bien que vous me racontiez.

Un accident sur le circuit. A l’époque, le circuit, il avait l’air parfois d’une route de campagne, guère mieux. A peine 9 mètres de large pour y laisser passer la course, t’imagines ?!

Pas trop, non, je m’imagine pas trop… Combien faut-il de large pour laisser passer une course automobile ?

Enfin, bref. Il y avait Fangio encore cette année là. Mais ça a été sa dernière année au Mans. Après ça, il a dit qu’il ne voulait plus jamais y revenir, au Mans.

C’était une course de dingues de toutes façons, un juin brulant, et le retour des Flèches d’Argent. Les tribunes pleines, la fête habituelle.

(ça je vois un peu, ça n’a pas trop changé depuis, ça sent le barbecue et la poussière toujours)

A la fin de la course, je revois toujours la photo de ce pilote tout sourire. Bon-sang 84 morts et lui, il souriait ! Y’a des images, comme ça, que t’oublies pas.

Ce qui s’est passé : finalement, ce pilote, il a voulu rentrer au stand au dernier moment. Queue de poisson, la voiture devant, bien plus lente, qui resserre à gauche et envoie une troisième voiture dinguer contre le mur des stands ou elle explose littéralement.

Les pièces, le moteur, tout ça qui vole dans la tribune et ratiboise tout sur son passage. 70 morts sur le coup. Dont les enfants sur les épaules de leurs pères et tout le toutim.

Ils n’ont même pas arrêté la course. Je sais pas, peut-être que personne n’a compris que c’était si grave ailleurs que dans la tribune et puis, si on voulait pas bloquer toute la ville en laissant filer le public valait mieux qu’ils restent là à regarder tourner les bolides. Comme si de rien n’était. Et aussi, bon, les portables n’existaient pas, alors, personne ne risquait de t’alerter.

T’imagines, si t’avais été celui qui reste à regarder tourner les voitures pendant 24 heures sans rien savoir du drame qui s’est joué juste en face ?

Je ne sais pas trop si j’imagine. Je serre ma tasse de café plus fort, je pousse ma chaise, faut bien démarrer la semaine, d’une façon ou d’une autre…

2 commentaires:

pol a dit…

Je ne suis pas d'ici non plus mais je confirme ici les traces de cet accident sont palpables dans leur mémoire.

Elvire a dit…

Oui, ce qui est curieux ... c'est qu'ils aient mis plus de deux ans à me le raconter ... A croire que je m'intègre.