dimanche 30 octobre 2011

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Les gens, voilà … les morts, les vivants : vient toujours le moment ou faut les laisser filer. Souffler sur la voile comme, gamin, au bord du petit bassin regarder s’éloigner le navire. Ranger la gaffe, laisser flotter, souffler encore, laisser à la dérive regarder s’éloigner le rafiot et rire.

Moi, des fois, j’aurais quand même préféré le couler, le bazar. A coups de surin déchirer les voiles. A coups de talons écraser les coques. Crac.

Les coques craquent et craquent les os des doigts qu’on replie de force dans la paume de la main. Pouce replié au creux de la paume, en chien de fusil sous les quatres autres doigts. Index, majeur : à la force du pouce d’en face. Auriculaire parce que c’est mon petit doigt qui me l’a dit, annulaire, sans l’anneau, forcément.

Craquent les articulations des doigts un par un et retour. Déjointer les articulations : désarticuler. Craque ta main et garde l’autre pour demain. Mange ton pied et garde l’autre pour danser. Mieux vaut pouvoir danser demain si jamais si jamais sur l’pont de Nantes un bal y est donné…

Si jamais, si jamais l’eau qui passe sous les ponts n’est jamais jamais la même ni tout à fait une autre ; j’écris : « jamais la peine », je corrige, j’efface : si jamais ça valait la peine, demain. Si la peine en vaut la chandelle et sur le pont Mirabeau, faut-il qu’il t’en souvienne …

Comme un petit bateau, une coquille de noix, mes mots sont partis au loin, au fil, au courant, et toi dedans, et toi avec, et moi ici, je ris. Je trempe mes mains dans l’eau, je ris.

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