vendredi 28 octobre 2011

Cocon Vicodine


Un jour t’as su qu’il fouillait tes tiroirs, ouvrait tes placards, retournait tes sacs à main, pistait tes accès internet, relisait tes courriers, s’emparait de ton téléphone à la recherche d’un nom, d’un numéro, d’un texto, d’une trace. De n’importe quoi qui fasse sens.

En ce cas, tu laisses forcément toujours trainer quelque chose qui. Pas besoin d’être psy pour le comprendre. Comme une ultime provocation, consciente ou pas. Tu oublies forcément d’effacer un dernier mail, tu laisses glisser un mot de trop, tu parles même en dormant.

C’est pourtant juste un message anodin, un truc comme « j’ai bien acheté le pain » qui finit par tout faire basculer.

Alors s’enchainent les nuits sans sommeil, les sommations, les exigences, les cris et les insultes. A trois heures du mat, sortie brutalement d’un pauvre sommeil volé, le corps n’y tient plus. Jamais de coups toutefois, à peine une bourrade agacée, sentir la limite de la résistance de l’autre, ne pas le pousser à fuir, juste chaque nuit, le priver de sommeil, sans le vouloir, n’est-ce-pas, juste parce qu’il souffre trop et que s’il souffre c’est à cause de toi, toi qui le méprises, le trompes, le moques, lui ment, qui ose !

Et chaque jour cependant, repartir bosser laisser les petits chez leur nounou avaler les trajets faire semblant de rien et chaque soir rentrer, déjà épuisée, apeurée, d’avance réveillée.

C’est comme ça que sont venus les maux de tête récurrents. Que tu soignes à la codéine. Alors tu trouves un sommeil sans rêve. Tu n’attends plus rien de rien que de dormir. Assommée. Et puis, les journées cotonneuses et la vie sans les angles. Tout devient mou et rond, sans rêve et sans aucune douleur, sans plus rien ressentir, plus de chaud, plus de froid, plus d’envie, plus de désir : la paix ouatée des médocs. La nuit, tu poses la tête sur l’oreiller et te viennent comme les bruits assourdis d’un train sur sa voie – un noir – un trou – plus rien.

Dix ans d’un noir – un trou – plus rien.

Pendant ce temps, l’autre, celui qui fouillait exigeait voulait savoir tenir comprendre pas passer pour un con un lapin de trois jours un perdreau de l’année, pendant ces dix années de noir de trou de rien de suées nocturnes de sommeil sans rêve de vie sans mémoire de jours gommées de vie effacée de souvenirs perdus ; l’autre ne voit plus rien. Plus rien ne l’inquiète. Il n’a plus rien à chercher. Il est bien sûr de ne plus perdre sa chose – la face – de tenir contenir brider empêcher que ça déborde que ça fasse désordre.

Comme tu sombres, il peut naviguer. Comme tu coules, il peut marcher. Fin de l’histoire.

2 commentaires:

pol a dit…

et lorsqu'un jour le cerveau s'est enfin reposé et se réveille, malgré les médocs, malgré la douleur...lorsque, de quelque part, là où on ne croyait même pas, ou plus, que ce lieu existait en soi, surgit le "je ne joue plus", rien ne vaut ce prix, alors débute une autre histoire d' un autre volume sur une autre étagère d'une autre librairie.

Elvire a dit…

On aurait dit stop pouce je ne joue plus. Evidemment, on aurait déménagé les livres et les étagères. Evidemment, trouvé ailleurs, dans d'autres villes, dans d'autres lieux, d'autres libraires. Et puis surtout, des gens, des hommes, des femmes pour parler des livres qu'on a lu, des livres qu'on aime. Un truc de dingue ;-))