vendredi 21 octobre 2011

Tu vois pas que c'est l'automne ?


Tu vas pas sortir comme ça, ma fille ?

Tu vois pas que c’est l’automne ? Tu sens pas le froid qui mord ?

Vas pas filer dehors comme ça, en bras de chemise, il est bien plus tard que tu ne penses.

Faut te couvrir, mettre un cache-nez, un anorak.

- Je sors en bras de chemise, l’automne est tendre. Le soleil a cette lumière particulière, chaude, adoucie. Tous les orangés, les rouges, les bruns dorés chantonnent. Je me fiche pas mal du reste. J’entends pas non plus que les colchiques lentement empoisonnent. C’est pas l’automne, je crois. C’est un long long été, un printemps palimpseste et je marche au travers de cette drôle de clairière, et les branches basses dessinent à mon poignet des signes et des lacets.

- T’as pris froid, tu vois. Je sais pas ce qui t’as pris. Maintenant, t’es coincée au coin du feu. Attends, je vais te faire un citron chaud, un grog, une soupe, te tartiner te Vicks Vaporub, t’apporter une bouillotte et le grand châle de laine rouge dans lequel t’enrouler.

- J’ai pris froid tant pis. L’automne était tendre. Les branches comme des mains suivaient les lignes à mes chevilles, les traits à mes poignets, les mots s’enroulaient à ma taille, le temps filait fuyait pourtant ne passait plus, j’ai cru que c’était le printemps, de nouveau. C’était bien.

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