mercredi 16 novembre 2011

Ce matin, une femme pousse dès 8 heures 30 la porte de l’agence en hurlant au secours, police ! Elle entre en courant, poursuivie d’un individu qui la menace de mort, essaie de l’embarquer de force la tirant par le bras. Il est des jours qui commencent plus vivement que d’autres. Des lendemains de porte closes pour cause de grève du personnel qui sonnent brutalement le réveil.

Quelques-uns tentent de les séparer, les clients qui attendent donnent un coup de main, la dame est isolée dans un bureau, la police appelée sur les lieux arrivera plus tard, un gendarme de passage dans la rue interpelle le monsieur et le maintien à l’extérieur des locaux.

Il s’agit d’un couple qui se sépare, la femme a quitté le domicile pour se protéger de violences physiques, vit en foyer. Ce matin, nous lui avions fixé rendez-vous à l’ouverture de l’agence et l’époux menaçant l’a prise en filature.

Il l’a prise en filature avec, sanglés dans la voiture les deux petits garçons du couple -5 et 3 ans- dont il a la garde puisque madame s’est enfuie. Lâchés dans l’agence, ceux-ci se précipitent vers leur mère qu’ils n’ont pas revue depuis son départ.

La mère pleure après ses enfants, en vrac et tout à trac leur promet des chewing gum, de les emmener loin de leur père qui est méchant et leur fait du mal. L’ainé des petits proteste que c’est pas vrai, que papa ne tape pas qu’il veut rester avec lui. La mère hurle qu’il ne peut pas lui dire ça, que c’est elle sa maman d’amour, que son père le bat et qu’il lui dit de se taire sinon il recommencera qu’elle le sait bien, prend la salle à témoin de son malheur dans les cris et les larmes… Evidemment, les petits pleurent

Toute l’histoire se poursuivra au commissariat, mômes avec, et avec les flics qui ronchonnent parce qu’ils n’ont pas non plus des sièges auto pour trimballer des gosses …

J’arrête l’histoire ici.

C’est seulement une histoire sordide dons nous sommes parfois témoins parce que nos portes sont ouvertes sur le monde.

Ensuite, je pense à tous ces discours qui me culpabilisent parfois. A comment ne pas prendre en otage ses enfants, à ce que ressentent les enfants au milieu des drames des parents. Et puis, je vois qu’il y a un monde, deux mondes, dix mondes entre ce à quoi j’ai pu assister ce matin et la réalité de nos séparations d’adultes éduqués …

Alors, je ne sais plus. Ce discours général, il s’adresse à qui, à quoi ? Ce qui est pour moi d’une grande banalité, une tautologie, un truc de comptoir, pour d’autres ce n’est même pas le centième de leur niveau de préoccupation ou de compréhension…

Bien, et maintenant, je fais quoi, moi, de tout ça ?

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