Y’a comme ce genre de peur qui pèse d’un poids d’âne mort
posé sur mon estomac et qui empêche mes poumons de se gonfler de l’air qu’il
faudrait. Mes poumons, ils sont aspirés vers le bas par le plomb qu’ils ont
dans l’aile. C’est pas de la peur pourtant.
Y’a comme une boule d’angoisse qui perfore ma poitrine et
les empêche de se déployer comme des voiles.
Y’a tout ce noir tout ce sombre toujours au fond qui risque
de te prendre aussi, de t’aspirer.
Y’a toujours, même sur les chemins clairs au bord de l’océan,
même sur les chemins hauts qui crapahutent sur les crêtes lumineuses des trous
des creux des grottes des gouffres de doute.
Des replis curieux ou se brise l’écume ou s’accrochent les
brumes ou le son ne vient plus qu’étouffé comme un lointain écho.
Si je m’assieds là, je ne vois plus n’entends plus que l’écho
de ma peur comme les coups du doppler flux et reflux circuit fermé.
Il manque manque manque manque quelquechose qui fait que j’ai
ce trou foré au creux de moi cette grotte ce gouffre ce truc qui me dévore à
coups de becs de pics de vrilles il manque manque manque manque …
J’ai beau savoir, je ne sais plus. La tête, ça ne sert à
rien quand le cœur ne veut pas.
Je vais refaire l’oiseau. M’accrocher aux barreaux, lever
les yeux vers le ciel et déployer largement mes deux ailes-bras. Me laisser
pousser des serres et des griffes. Grimper
très haut et voir loin demain. Et puis après encore.
Y’a pas pire que les oiseaux qui ne savent pas voler. Je veux voler encore. Je vais voler encore.
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