-
« Hé
papé tu fais quoi sur le banc ? »
Ah ! tiens, la petite a terminé sa sieste. Pour moi, c’est
mort, je suis bon pour le manège des questions . Merde, Lola, je suis
bien, là, sur mon banc. Tu vois pas que je suis vieux et fatigué et que je
pourrais y passer l’après-midi, sous le tilleul penché vers le sol, à gratter
du bout de ma canne.
Du bout de ma canne comme des ronds dans l’eau et ma
casquette vissée sur le crane et personne ne vient me chercher.
Sauf qu’on est dimanche. Et qu’ils sont venus qu’ils sont
tous là.
C’est pas que j’aime pas quand ils sont là. J’aime bien les
voir arriver le matin, descendre de leur voiture, les adultes à l’avant se
déplier secouer les restes des agaceries du trajet ; les deux petits en
sautillant, « papé ! papé ! On va voir les lapins ! »
Bon, je me redresse
alors …
-
« je rêve, Lola, je rêve … »
-
« Tu rêves pas, papé, tes yeux, ils sont
ouverts »
Elle est toute blonde Lola, de grands yeux noirs qui lui
creusent le visage et déjà berchue du haut de ses 6 ans. Elle est toute en légèreté,
Lola, elle tourne, elle vire, elle questionne sans cesse.
-
« Papé à l’école ils disent que les yeux
verts c’est des yeux de vipère , toi, t’as des yeux de vipère. Moi, ils
disent marrons des yeux de cochons mais ils sont pas marrons, mes yeux, ils
sont noirs … »
-
« C’est comment, des yeux de vipère ? »
-
« je sais pas, c’est ce qu’ils disent… les
tiens, c’est maman qui dit qu’ils sont verts. Ben, moi, je le vois pas le vert.
C’est parce qu’ils font comme de l’eau, tu sais, comme les images qu’on voit à
la télé des fois de la mer là-bas, très loin, je sais pas trop … Tu avais les
mêmes yeux, tu crois quand t’étais petit comme moi ? Ils te disaient aussi
à l’école les yeux de vipère ? Moi, je les aime bien, tes yeux, en tous
cas, parce qu’ils me regardent en riant. »
Oui, et voilà, mes yeux, encore mes yeux … Lola, si tu savais …
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire